Ehpad : situation catastrophique

20 Février 2019

La maltraitance avérée d’une résidente de 98 ans, brutalisée, frappée et insultée début février par un aide-soignant dans un Ehpad du Val-de-Marne, a de quoi révolter.

L’aide-soignant a été placé en détention provisoire, avec obligation de se soumettre à une expertise psychiatrique d’ici son procès, le 22 mars. La direction de l’Ehpad s’est dépêchée de présenter ce cas comme un acte isolé. Mais si les violences d’un individu sont inexcusables, cela ne disculpe pas les dirigeants des Ehpad et les responsables gouvernementaux de leurs propres responsabilités dans la situation des personnes âgées placées dans ces établissements. À commencer par le fait que, cette nuit-là, cet employé était seul pour s’occuper de 43 personnes âgées dépendantes.

Depuis des mois, les soignants des Ehpad, sous-payés, dénoncent leurs conditions de travail scandaleuses, l’épuisement physique et les maladies professionnelles qui vont avec, mais aussi le sort indigne réservé aux résidents dont ils sont censés s’occuper. Le sous-effectif criant les contraint à courir constamment et leur interdit de prendre le temps nécessaire pour faire décemment une toilette, aider à prendre les médicaments, aider à manger. Ils dénoncent aussi le manque de protections hygiéniques ou de draps, qui les oblige à laisser des résidents avec du linge ou dans des lits souillés.

Les directions des Ehpad sont au courant de cette situation calamiteuse. Dans une émission d’Envoyé spécial diffusée en septembre dernier, un ancien directeur d’établissement du groupe Orpea, leader sur le marché de « l’or gris », a raconté comment la recherche du moindre coût en matière de salaires l’a conduit à remplacer systématiquement des agents à temps plein par des agents à mi-temps. Un cuisinier d’Orpea rapporte la consigne de ne pas dépasser la somme de 4,22 euros par résident pour les quatre repas journaliers, pourtant facturés 100 euros par jour aux familles ; une jeune aide-soignante de Marseille, habituée à dénoncer le manque de moyens et de personnel, a raconté que son ancien employeur, le groupe Korian, avant de la licencier, lui a proposé 70 000 euros en échange de son silence.

Le personnel soignant des Ehpad est financé par l’État à travers les ARS (Agences régionales de santé), et les fournitures sont financées par les départements. Suite aux mouvements de grève du printemps 2018, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a promis de débloquer 50 millions d’euros supplémentaires pour les Ehpad, ce qui représenterait tout au plus quelques milliers de postes supplémentaires à temps plein, quand le personnel en réclame 200 000 !

Pour s’occuper dignement des anciens, il faudrait du matériel et surtout du personnel en nombre, jour et nuit, payé correctement et formé pour faire face à l’angoisse de la mort, à la détresse de la maladie, parfois à l’agressivité et aux troubles cognitifs des personnes âgées dépendantes. En maintenant le nombre de soignants très en dessous du seuil minimal, l’État est responsable, et coupable, de cette maltraitance quotidienne imposée aux personnes âgées.

Julie LEMÉE