Espagne : les grandes manœuvres de la droite et de l’extrême droite

13 Février 2019

Dimanche 10 février, les deux principaux partis de droite espagnols, le PP (Parti populaire) et Ciudadanos, ont organisé, au coude à coude avec le parti d’extrême droite Vox, une manifestation à Madrid. Ils ont dénoncé comme « traître à la patrie », le chef du gouvernement, le socialiste Pedro Sanchez, accusé de négocier avec les indépendantistes catalans. Ces trois partis réclament la dissolution de la Chambre des députés et des élections immédiates.

Avec 45 000 participants venus de toute l’Espagne, cette manifestation était bien loin d’atteindre l’objectif que ces organisations s’étaient donné. La presse a rappelé que les plus grandes manifestations des Indignés du 15 M en regroupaient cinq fois plus et que la droite avait mobilisé 240 000 personnes contre le socialiste Zapatero voici quelques années.

Toute cette excitation politique prépare le 26 mai, date prévue pour le « grand jour électoral », où doivent se tenir le même jour élections générales, régionales, municipales et européennes.

Aux dernières élections régionales d’Andalousie en décembre, le Parti socialiste s’est effondré tout comme Podemos, qui s’est présenté avec Izquierda unida sous la bannière En avant l’Andalousie, relançant les espérances électorales du PP et de Ciudadanos. Le parti d’extrême droite Vox, apparu à ces élections, s’est retrouvé en position d’arbitre. Après quarante ans de gouvernements socialistes ininterrompus depuis le franquisme, le premier gouvernement de droite s’est constitué en Andalousie. Il s’est formé en répartissant les sièges entre le PP et Ciudadanos et avec l’appui de Vox. Cela implique des contreparties. Pour l’instant, le gouvernement andalou n’a pas accepté une des demandes de Vox, qui est le contrôle des passeports des migrants qui bénéficieraient de soins, pour pouvoir expulser ceux qui sont en situation irrégulière. Par contre un membre de Vox, qui ne cache pas ses sympathies franquistes, a été nommé président de la commission culture et patrimoine du Parlement andalou. Cette commission contrôle et oriente les activités sur la « mémoire historique » en Andalousie. Depuis des années, elle met au jour et dénonce les multiples crimes de Franco et demande réparation pour les victimes. Le PP et Vox ont décidé que la loi sur la mémoire historique serait supprimée et remplacée par une loi de concorde ! Le leader de Vox, Santiago Abascal, a ajouté : « Les initiatives sur la mémoire historique sont un débat infect et nous devons être le porte-voix de ceux dont les pères ont combattu dans le camp national », c’est-à-dire les franquistes.

Aujourd’hui, derrière les manœuvres électorales des uns et des autres, il y a le discrédit du Parti socialiste qui a accumulé les politiques antiouvrières, les déceptions suscitées par Podemos dont les propositions se limitent à réclamer des places dans un gouvernement socialiste et à utiliser l’apparition de l’extrême droite pour appeler à un front commun, sans jamais avancer une mesure en faveur des travailleurs, des retraités et des chômeurs.

La vieille droite ressurgit, avec ses drapeaux, sa patrie, ses slogans haineux, sa politique antiouvrière et son mépris des pauvres.

Contre la classe ouvrière, les attaques n’ont pas cessé. Janvier a connu le plus haut niveau de chômage depuis cinq ans, des dizaines de licenciements sont annoncés chez Vodafone, Dia, Caixabank. La précarité, les bas salaires existent partout, en Andalousie, en Catalogne, à Madrid...

Plus que jamais, l’heure doit être à s’organiser et retrouver le chemin des manifestations et des luttes pour « du pain, un travail, un toit ».

Jacques MULLER