Benalla : une affaire pourrie comme le système

13 Février 2019

Dimanche 10 février sur France Inter, le ministre de l’Intérieur, Castaner, a déclaré à propos des derniers rebondissements du feuilleton Benalla : « Ce n’est pas une affaire d’État, c’est l’affaire d’un bonhomme qui a fait n’importe quoi et continue à faire n’importe quoi. » Le gouvernement aimerait bien circonscrire l’incendie en présentant Benalla comme une brebis galeuse.

Mais ce n’est pas si simple, avec les derniers enregistrements sonores de la rencontre entre Benalla et Vincent Crase, les deux faux flics du 1er mai. Diffusés par Médiapart, ils ont eu l’effet d’une grenade de désencerclement qui a atteint la commissaire divisionnaire chargée de la protection du Premier ministre. Elle a été obligée de démissionner, ainsi que son compagnon, un sous-officier présenté comme membre des forces spéciales, et Ismaël Émelien, qui a annoncé qu’il prenait sa retraite de conseiller spécial de l’Élysée, officiellement parce qu’il sort un livre.

On entend dans ces enregistrements Benalla demander à Crase s’il a bien effacé les sms évoquant le contrat passé par leur société de sécurité avec un oligarque russe, de réputation mafieuse – ce qui est un pléonasme –, contrat mis en chantier quand Benalla occupait encore sa place à l’Élysée. Le parquet national financier ouvre donc une enquête préliminaire pour corruption, d’autant que, devant la commission du Sénat, Benalla avait affirmé ne pas connaître le milliardaire russe.

L’ensemble des enregistrements sent le soufre, car ils mêlent tout ce petit monde à un niveau ou à un autre de proximité, voire de complicité, sans oublier Emmanuel Macron, dont Benalla se vante auprès de Crase d’avoir reçu des sms de soutien après son limogeage officiel de l’Élysée.

De révélation en révélation, l’affaire Benalla devient tentaculaire et jette une lumière crue sur le fonctionnement de l’État et du personnel qui le compose, en particulier dans les services liés à la sécurité ou à l’armée. Ce n’est évidemment ni une révélation ni une surprise.

Pour la galerie, pour le bon peuple, les gouvernants parlent de République, de démocratie, d’une police et d’une armée qui veillent à la sécurité et aux libertés en toute transparence. Mais au fond, les affaires Benalla, puisque désormais on ne sait plus très bien combien il y en a, rappellent que l’État entretient des bataillons de baroudeurs, d’aventuriers et d’hommes de main. Avec ou sans uniforme, officiels ou officieux, ils sont à l’image de la classe bourgeoise qu’ils défendent : sans scrupules ni états d’âme. Alors, Benalla est peut-être une pomme pourrie, mais la sève qui l’a nourri était déjà bien empoisonnée.

Boris SAVIN