Traité d’Aix : délires patriotiques et fausse alternative

23 Janvier 2019

Mardi 22 janvier, le président français et la chancelière allemande ont signé à Aix-la-Chapelle un traité « sur la coopération et l’intégration franco-allemande », déclenchant les foudres des nationalistes de chaque côté du Rhin.

Ici, les plus délirants ont cru y lire que la France allait rendre l’Alsace-Lorraine au Reich. Le Pen fait semblant de croire que des envoyés allemands allaient siéger au Conseil des ministres à l’Élysée. L’inévitable cocardier Mélenchon y est aussi allé de son commentaire, à peine moins outrancier. Il y a toujours des démagogues bas de plafond pour croire que la revanche contre l’Allemagne est une valeur sûre pour leur petit commerce.

En fait, ce traité renouvelle l’alliance franco-allemande signée en 1963 et confirme la politique suivie depuis par tous les gouvernements, au bénéfice des groupes industriels et financiers des deux pays. Ces derniers poussent aujourd’hui pour faire dans l’industrie de défense ce qui a été réalisé dans l’aéronautique avec Airbus : construire des groupes de marchands de canons intégrés à l’échelle du continent, capables de faire pièce aux industriels américains, russes ou chinois sur ce marché. Il ne suffit pas pour cela de conclure des contrats commerciaux, car les premiers clients, la base de départ pour conquérir les marchés d’exportation, sont les États européens eux-mêmes. Il faut donc des accords politiques en vue de constituer une défense commune, offrant un marché captif élargi pour les Dassault, Thales, NavalGroup, Airbus et leurs équivalents allemands. Cela occupe une grande partie du traité d’Aix-la-Chapelle et fait écho aux tractations en cours chez les industriels. Mais les fiançailles sont d’autant plus longues et complexes que les familles sont riches et anciennes. Elles durent depuis plus d’un demi-siècle et des générations de marieurs se sont usés à la tâche.

Le traité a aussi un aspect de politique immédiate. À l’approche d’élections européennes, face aux démagogues nationalistes, Macron et Merkel veulent affirmer que la sécurité et la tranquillité sont du côté de l’Union européenne, dont l’alliance des deux puissances est le cœur et le moteur.

Cela donne une idée de la campagne pour les élections européennes, en mai prochain. Les partis qui défendent l’ordre social mettront en scène une fausse alternative : pour ou contre l’Union européenne, c’est-à-dire en fait pour les marchands de canons, concentré du grand capital, ou pour les marchands de discours patriotiques. Cela constitue une alternative d’autant plus mensongère que les seconds se mettraient immédiatement au service des premiers en arrivant ou pouvoir, comme ils l’ont toujours fait et comme ils le font aujourd’hui en Italie ou en Hongrie.

Paul GALOIS