Psychiatrie publique : “ Des moyens pour la psy, c’est maintenant ! ”

23 Janvier 2019

Mardi 22 janvier, une journée de la psychiatrie a été organisée à l’initiative de l’hôpital Pinel d’Amiens, engagé dans un mouvement de lutte depuis juin 2018, avec ceux du Rouvray à Rouen, de Pierre-Janet au Havre, et de bien d’autres hôpitaux psychiatriques du pays, dont ceux de Paris.

Malgré la neige, les manifestants se sont rejoints à environ cinq cents à Paris, place de la République. Il y avait des délégations d’une trentaine de villes du pays. Après des prises de parole dénonçant les effets des politiques gouvernementales successives, la manifestation est partie avec entrain jusqu’à l’Assemblée nationale, aux cris de : « Même si vous ne le voulez pas, on est toujours là ». Le slogan « Des moyens pour du lien et pas des liens » exprimait la volonté de soigner humainement et par la parole plutôt qu’en attachant des patients à leur lit.

La dégradation du quotidien dans les services psychiatriques, autant pour le personnel que pour les patients, n’est même plus niée aux différents échelons hiérarchiques. La ministre de la Santé avait déclaré il y a un an : « La psychiatrie ne sera plus le parent pauvre. » Mais elle continue à supprimer des lits et des postes. En fin de manifestation, devant l’Assemblée nationale, la députée macroniste chargée du dossier a elle-même reconnu que l’enveloppe supplémentaire prévue pour 2019, 50 millions d’euros, est insuffisante. Cela ne lui a pas évité les huées quand elle s’est targuée sur un ton ampoulé d’être « psychiatre depuis le siècle dernier » et de travailler « une demi-journée par semaine à l’hôpital ».

En vingt ans, la fermeture de la moitié des lits d’hospitalisation s’est faite sans contrepartie d’ouverture de structures en ville. Des lieux d’accueil comme les CATTP (centres d’accueil thérapeutiques à temps partiel) et les CMP (centres médico-psychologiques) ferment ou sont fusionnés de force.

Les gouvernements successifs ont créé de vrais déserts dans la psychiatrie publique, en laissant partir à la retraite la moitié du personnel sans organiser la formation de jeunes pour prendre leur relève.

Aujourd’hui, dans les services, que voit-on ? Des soignants pressés qui enchaînent les tâches pratiques en allant d’un patient à l’autre, d’un ordinateur à une armoire à médicaments, sans pouvoir prendre le temps d’être suffisamment à l’écoute, d’anticiper les besoins des patients, de faire des activités avec eux. Le travail d’équipe, qui faisait partie intégrante du fonctionnement des services psychiatriques depuis les années 1970, devient impossible. Certains cadres et médecins en arrivent à considérer les infirmiers comme de simples exécutants, dont l’avis sur les patients ne compte pas. Quant aux aides-soignants et aux agents, pourtant proches de fait des patients, ils n’ont plus leur mot à dire. Alors, à la fatigue s’ajoute l’amertume, et aussi l’indignation quand un incident pourtant prévisible éclate et qu’un patient ou un membre du personnel en est victime.

Alors que le suivi de chaque patient nécessite une continuité, il voit souvent des têtes nouvelles à cause des remplacements dus au manque d’effectif et parce que les conditions de travail font fuir le personnel à la recherche d’un autre lieu de travail.

Des patients sont orientés et déplacés comme dans un jeu de chaises musicales, par manque de places, ou même sortent prématurément. Les patients les moins autonomes sont remis à la charge de leur famille ou poussés vers la clochardisation, voire la prison, pour ceux qui ne sont pas relégués dans des structures médico-sociales à moindre coût.

Heureusement, on le voit dans la protestation et dans les actions revendicatives, l’esprit d’équipe des soignants est toujours bien là, comme l’a montré une fois de plus la journée du 22.

Correspondant LO