Loi anticasseurs : Contre le droit de manifester

23 Janvier 2019

Le projet de loi anticasseurs, s’inspirant de dispositions légales prises pour contrer les agissements des hooligans dans les stades de football, est actuellement en discussion à l’Assemblée nationale, après avoir été approuvé par le Sénat.

À entendre les ministres qui se succèdent pour défendre ce texte, il permettrait de parer aux débordements violents qui se produisent pendant les manifestations, surtout lorsqu’elles n’ont pas fait l’objet d’une demande d’autorisation. En réalité, plusieurs articles montrent que cette loi viserait surtout à restreindre par différents moyens le droit de manifester.

Rappelons tout d’abord que les dégâts commis par les gilets jaunes ou des casseurs lors des dernières manifestations ont essentiellement été matériels. Et si les membres du gouvernement ont dramatisé à l’extrême le cas de quelques policiers blessés, ils sont restés muets sur les exactions commises par les forces policières sur les manifestants. Le bilan est pourtant lourd, avec une centaine de blessés graves, dont certains mutilés, plusieurs milliers d’interpellations et des centaines de gardes à vue.

Un des articles de la loi anticasseurs prévoit une interdiction administrative de manifester, s’appliquant à des individus déjà condamnés pour violences ou appartenant à des groupes « facilitant de tels faits ». C’est une nuance bien vague mais qui permet, avant même qu’une manifestation ait eu lieu, de bloquer voire d’arrêter sans jugement toute personne suspectée d’avoir des velléités de commettre des violences, peut-être à cause d’opinions politiques qui dérangent.

Une autre disposition concerne l’instauration d’un périmètre de sécurité autour des lieux de manifestations, où tout passant sera susceptible d’être contrôlé. Là aussi, le but est d’empêcher le maximum de gens de manifester, à commencer par les sans-papiers, qui risqueraient d’être expulsés. Et, avec la création d’un fichier des casseurs, comme l’avait proposé le Premier ministre, ou la levée de l’anonymat sur les réseaux sociaux, que demande Macron, n’importe qui deviendrait un suspect potentiel sous n’importe quel prétexte.

En fait, les forces de répression n’ont pas attendu un texte de loi pour constituer des fichiers et arrêter des personnes avant même que se tienne une manifestation. Il suffit de les dire suspects de vouloir commettre des violence sous prétexte qu’elles avaient des lunettes de plongée pour se protéger des grenades lacrymogènes ou, pourquoi pas, un cric dans leur voiture pouvant être assimilé à une arme par destination !

Destinée surtout à contenter un électorat réactionnaire en lui montrant qu’il a un gouvernement fort, cette loi vient renforcer encore l’arsenal du gouvernement pour restreindre davantage le droit de manifester.

Marianne LAMIRAL