Carrefour-Milénis – Guadeloupe : les grévistes tiennent bon malgré la police

23 Janvier 2019

Dans l’après-midi du 18 janvier, Jean-Marie Nomertin, secrétaire général de la Confédération générale du travail de Guadeloupe (CGTG) et porte-parole de Combat ouvrier en Guadeloupe, a été interpellé très violemment par les gendarmes alors que les grévistes de Milénis occupaient l’espace de Cadi-surgelés, sur la zone de Jarry à Baie-Mahault, une entreprise du groupe SAFO appartenant à la famille Despointes.

Les salariés sont en grève depuis plus de deux mois contre leurs patrons, les riches békés Despointes, descendants de colons esclavagistes et aujourd’hui parmi les 500 plus grandes fortunes de France. Ceux-ci ont décidé de diminuer le salaire des travailleurs en supprimant des primes.

Chaque salarié perdrait ainsi entre 1 600 et 2 000 euros par an. La grève est majoritaire, ce qui empêche l’hypermarché de fonctionner. En parallèle, les grévistes mènent des actions pour discuter avec leurs camarades des autres entreprises du groupe Despointes, ce qui, de fait, les bloque quelques heures, voire une journée.

Après une décision de justice ordonnant le déblocage, six fourgons de gendarmes équipés de casques et de boucliers ont débarqué sur le site. Jean-Marie Nomertin était présent à ce moment-là. Les grévistes ont fait bloc avant que les gendarmes les encerclent et les coincent contre la barrière d’entrée. C’est dans cette cohue que notre camarade Nomertin a été happé par des gendarmes, isolé du groupe, violemment plaqué au sol, menotté puis embarqué et emmené à la gendarmerie de Baie-Mahault. Immédiatement, la nouvelle a fait le tour de l’île. L’émoi et la protestation étaient à leur comble.

Des vidéos de l’arrestation ont circulé rapidement sur les réseaux sociaux et une centaine de personnes se sont spontanément rassemblées devant les locaux de la gendarmerie où il était gardé à vue.

Les nombreux travailleurs ont convergé de plusieurs endroits du pays vers la gendarmerie. Finalement, il a été libéré le jour même en début de soirée sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui, du moins pour l’instant.

C’est un exemple de plus de la complicité entre le grand patronat et les autorités. Comme toujours, les riches békés sifflent et l’État dépêche aussitôt ses hommes armés.

Si par ces manœuvres les Despointes voulaient briser le moral des grévistes, c’est raté ! Cet épisode n’a fait que renforcer les travailleurs en lutte. Le lendemain samedi, au soir, plus de deux cents personnes se sont retrouvées sur le piquet de grève de Milénis autour des gros ka (tambours) pour chanter ensemble. Le 22 janvier, les travailleurs en étaient à deux mois de grève. Celle-ci continuait et il était prévu ce jour-là une manifestation appelée par la CGTG et l’UGTG sur le parking de Milénis, ainsi que d’autres manifestations de soutien des travailleurs. Ceux de la banane à Capesterre, dans le sud de l’île, avaient annoncé une manifestation et des arrêts de travail sur les plantations.

À leur manière et sans le vouloir au départ, les travailleurs de Milénis fêtent par leur lutte le dixième anniversaire de la grève générale et de la mobilisation populaire de janvier 2009.

Noéline Ramin