Migrants : menaces contre l’Aquarius

28 Novembre 2018

Le navire humanitaire Aquarius a été mis sous séquestre à Marseille à la demande de la justice italienne. Le parquet de Catane, en Sicile, reproche à l’ONG Médecins sans Frontières (MSF), d’avoir fait passer pour des déchets classiques 24 tonnes de déchets qu’il juge potentiellement toxiques. En outre, plusieurs comptes bancaires de MSF sont bloqués.

Dans tous les ports italiens où débarquaient des migrants secourus, du temps où ils pouvaient encore le faire, les ordures récoltées sur les navires de MSF – vêtements trempés abandonnés par les secourus, restes alimentaires, déchets médicaux – étaient débarquées et confiées aux services des ports chargés de leur collecte, respectant les procédures standard. Jamais, ni les autorités portuaires ni personne n’avaient contesté quoi que ce soit.

C’est une évidence, l’accusation est fallacieuse dans un pays où l’on sait que la Mafia peut déposer impunément des milliers de tonnes de déchets toxiques dans les campagnes. Et la mise sous séquestre est « une mesure disproportionnée et instrumentale, visant à criminaliser pour la énième fois l’action médico-humanitaire en mer », comme le dit le communiqué de l’association. En tentant de bloquer définitivement l’Aquarius, dernier navire humanitaire parcourant la Méditerranée pour secourir les migrants, la justice italienne répond aux désirs du ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, du parti d’extrême droite La Ligue, raciste et xénophobe. Salvini poursuit sa politique antimigrants qui s’est déjà traduite par des accords infâmes avec les autorités libyennes pour empêcher tout départ en mer, et par l’interdiction aux navires humanitaires d’entrer dans les ports italiens. Sans oublier les pressions diplomatiques sur Gibraltar et Panama, qui ont abouti à ce que ces pays retirent leur pavillon de navigation à l’Aquarius.

De son côté, le gouvernement français, tout en critiquant le gouvernement italien, ne fait rien pour soutenir les actions humanitaires en Méditerranée, ni même par exemple pour permettre à l’Aquarius de naviguer à nouveau.

Depuis quatre ans, plus de 15 000 personnes sont mortes noyées en Méditerranée, dont 1 267 depuis janvier 2018. En deux ans et demi, 30 000 personnes ont été secourues, dont presque un quart de mineurs. Une nouvelle fois, MSF a dénoncé deux années de campagnes diffamatoires contre les ONG : « Le seul crime que nous voyons en Méditerranée est le démantèlement total du système de recherches et de secours. »

Bertrand GORDES