Gilets jaunes : imposer les exigences des travailleurs

28 Novembre 2018

La journée du samedi 24 novembre a montré une baisse du nombre de participants aux actions et manifestations recensés par le ministère de l’Intérieur puisqu’il en dénombrait 120 000 contre 300 000 le 17 novembre. Mais le gouvernement lui-même a évité de plastronner et d’annoncer le reflux du mouvement.

En effet, loin de se cantonner à ces deux samedis, des gilets jaunes se sont retrouvés toute la semaine dans des rassemblements, sur des ronds-points, des nœuds routiers ou des parkings de centres commerciaux dans tout le pays. Et la mobilisation continue depuis.

Cette mobilisation est variable suivant les villes, mais en tout cas elle a mis en branle des dizaines de milliers de personnes, en majorité des travailleurs, des chômeurs, des retraités, pour lesquels il s’agit bien souvent de leur premier mouvement. La hausse des carburants a été le facteur déclenchant, mais elle a été en fait, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Dans les discussions entre gilets jaunes, sur les pancartes, la question du pouvoir d’achat des classes populaires est venue en quelques jours au premier plan. Un autre aspect est qu’une fraction du monde du travail, parmi la plus pauvre et la plus exploitée, jusqu’ici passive ou résignée, affirme ainsi sa détermination à lutter. Et, malgré ses limites, cette mobilisation d’une fraction des classes populaires change déjà la situation politique et sociale.

Pour autant, si cette composante ouvrière et populaire est prédominante dans le mouvement des gilets jaunes, ce ne sont pas des revendications de classe qui y prédominent, beaucoup de manifestants se limitant à la dénonciation des taxes excessives.

Mais pour les travailleurs, les chômeurs, les retraités, la vraie question est l’augmentation générale des salaires et des pensions et leur alignement automatique sur le coût de la vie.

Il faut l’imposer, non seulement au gouvernement, huissier au service des capitalistes, mais au grand patronat lui-même dont les profits ont pour condition les faibles salaires.

Aujourd’hui, bon nombre de travailleurs jugent impossible d’imposer une augmentation des salaires. Elle nécessiterait certainement un mouvement profond et général du monde du travail, mais le mouvement, imprévu, des gilets jaunes est une indication de la colère accumulée et de son importance parmi les classes populaires. Ce mouvement montre aussi que la lutte est possible.

Il est vital pour les travailleurs d’engager la lutte pour leurs propres objectifs, leurs propres revendications. Alors que les confédérations syndicales tentaient de dissuader leurs militants de participer au mouvement initié le 17 novembre, beaucoup ont à juste titre choisi de participer et d’aider à la mobilisation. Et si dans certains endroits, des petits patrons ou des militants de droite ou d’extrême droite les ont rejetés, ils ont été accueillis le plus souvent avec chaleur par les travailleurs à qui ils pouvaient apporter idées et expérience en matière d’organisation. Réciproquement, la méfiance de certains militants a pu tomber en rencontrant des gilets jaunes, salariés de tous âges, venant après le travail ou ayant pris des congés pour aider la mobilisation.

Le mouvement dit des gilets jaunes, s’il associe des travailleurs de grandes entreprises, le fait le plus souvent de façon individuelle. Les rassemblements sur le lieu de travail restent bien plus rares que ceux qui ont lieu à l’extérieur, sur quelques ronds-points.

Ce sont les travailleurs des grandes entreprises qui sont en meilleure position pour contester la dictature du capital et du gouvernement qui le sert. C’est là que peut se jouer la question décisive du rapport de force entre les travailleurs et les capitalistes qui dirigent la société. Tant mieux si le mouvement des gilets jaunes contribue à redonner confiance aux travailleurs pour engager cette lutte, avec leurs armes et sur leur terrain de classe.

Christian BERNAC