Italie : les surenchères racistes de Salvini

17 Octobre 2018

Ministre de l’Intérieur et vice-Premier ministre depuis plus de quatre mois, Salvini se répand sur les réseaux sociaux et dans les médias en propos sécuritaires qui ciblent les migrants comme des criminels et des fraudeurs en puissance.

Salvini vient de mettre en scène une grosse colère contre Macron, accusé de vouloir faire de l’Italie « un camp de réfugiés en Europe ». Le prétexte a été le franchissement de la frontière, vendredi 12 octobre, par des gendarmes français zélés qui refoulaient des migrants et n’en ont pas averti, comme il est d’usage, les autorités italiennes. Mais, si le style et les déclarations diffèrent d’un Macron à un Salvini, leur politique de refus d’accueillir les migrants est semblable. Le gouvernement français verrouille autant qu’il peut la frontière et renvoie vers l’Italie les migrants qui en viennent. Cette fois, l’oubli de prévenir les autorités italiennes a permis à Salvini de prendre la pose nationaliste intransigeante qu’il affectionne.

Ces déclarations interviennent après d’autres propos et mesures démagogiques contre les migrants. Salvini s’en est d’abord pris au village de Riace, en Calabre, dont le maire, Domenico Lucano, mène depuis des années une politique d’accueil des migrants. Il a incité les habitants d’origine, ayant eux-mêmes émigré vers le nord du pays, à mettre leurs maisons de famille à disposition. De nombreuses habitations inoccupées ou abandonnées ont ainsi été restaurées, des commerces rouverts et l’école du village sauvée par ces nouveaux habitants. Mais, début octobre, Lucano a été mis en examen et en résidence surveillée sous l’accusation d’aide au séjour illégal d’étrangers. Salvini, qui fait de Riace le symbole d’un prétendu « business de l’immigration » vient d’ordonner le transfert des migrants installés dans le village vers des centres d’hébergement.

Il a ensuite annoncé la mise en place d’un « couvre-feu pour les boutiques ethniques », c’est-à-dire tenues par des étrangers, qui devraient fermer à 21 heures. Pour justifier cette discrimination, Salvini invoque les « troubles à la sécurité et à l’ordre public » engendrés notamment par la consommation d’alcool… Comme si les buveurs de spritz et de mojito des bars et boutiques tenus par des Italiens n’engendraient de troubles !

Pour l’heure, il ne s’agit que d’annonces odieuses, dont Salvini est coutumier. Mais, encouragés par son attitude, des élus locaux de son parti, la Ligue, mettent en place des mesures discriminatoires. Ainsi, la maire de Lodi, petite ville de Lombardie, exige depuis la rentrée que les familles étrangères ajoutent à leur déclaration de revenu en Italie une déclaration de leur patrimoine dans le pays d’origine, sous peine de voir leurs enfants exclus du ramassage scolaire et de leur appliquer le tarif le plus élevé de la cantine. Non contente de sous-entendre que les familles étrangères fraudent et abusent des mesures de solidarité, elle a également interdit aux enfants qui amènent leur propre déjeuner à l’école – en majorité issus de familles en difficulté et souvent d’origine étrangère – de s’installer avec ceux qui sont inscrits à la cantine.

Salvini met en scène chacune de ces annonces, prétendant parler « à l’Italien de la rue, au voisin, à l’ami, qui n’en peut plus ». Pour toute réponse, les politiciens de centre-gauche, et en particulier ceux du Parti démocrate qui était au pouvoir auparavant, en appellent à la Constitution, à la démocratie bafouée et aux grands principes. C’est oublier qu’ils ont eux-mêmes initié la politique contre les migrants et en particulier la campagne contre les ONG accusées de finir le travail des passeurs. C’est oublier surtout que c’est leur politique, au service du patronat, facilitant les licenciements et la précarité, qui a écœuré le monde du travail, le laissant sans perspectives politiques, au point de permettre à des démagogues racistes d’accéder au pouvoir.

Nadia CANTALE