Turquie : la nouvelle guerre d’Erdogan

24 Janvier 2018

Samedi 20 janvier, des chars de l’armée turque ont commencé à passer en nombre la frontière syrienne, accompagnés de miliciens de l’armée syrienne libre (ASL), liée au gouvernement d’Ankara. Il s’agit d’occuper la zone d’Afrin, une région syrienne frontalière de la Turquie tenue par les milices kurdes de Syrie et sur laquelle les attaques de chars et les bombardements aériens ont donc débuté.

C’est une nouvelle guerre qui commence, à l’initiative du gouvernement d’Erdogan. Cette zone de la Syrie est contrôlée par les milices des Forces démocratiques syriennes (FDS), au sein desquelles prédominent les Kurdes du PYD. Ce parti est le parti frère du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan qui revendique l’autonomie des Kurdes de Turquie. Pour Erdogan, tant le PYD que le PKK ne sont rien d’autre que des terroristes, comme il qualifie d’ailleurs sans distinction tout ce qui ressemble de près ou de loin à un opposant.

Il est vrai que l’affaire se complique car, dans le cadre de la guerre civile syrienne et de l’offensive de la coalition internationale contre l’organisation État islamique, les États-Unis se sont appuyés en particulier sur les Kurdes des FDS et ont ainsi évité de devoir envoyer des troupes au sol. Ainsi la zone autonome kurde du nord de la Syrie est en passe de se consolider, et c’est ce qu’Erdogan veut éviter à tout prix.

L’offensive actuelle a donc été préparée, depuis des semaines, par des discours dramatiques contre le terrorisme qui menacerait la sécurité de la Turquie. Erdogan a pointé du doigt les États-Unis, en les accusant d’en faire le jeu. Il oublie de dire que c’est lui-même, par sa politique d’intervention en Syrie, par son refus de toute concession aux demandes d’autonomie des Kurdes, qui porte une grande part de responsabilité dans la tension à ses frontières.

En fait, si Erdogan recourt une fois de plus à la guerre, c’est d’abord pour tenter de se sortir de ses difficultés intérieures. Le président et le gouvernement de l’AKP se sentent acculés. La crise économique, l’inflation, la répression incessante depuis le coup d’État manqué de juillet 2016 usent rapidement son crédit. Erdogan craint que les prochaines élections, dans un an, ne soient pour lui le début de la fin. Face à cela il ne connaît qu’un moyen : faire monter encore la tension, se lancer dans une offensive guerrière comme il le fait depuis trois ans.

Encore une fois, la population turque a donc subi les discours enflammés d’Erdogan, relayés par une presse et des médias entièrement domestiqués. Il s’agit de la convaincre qu’elle est assiégée de toutes parts par des terroristes qui menacent sa sécurité et que sa seule défense peut venir d’Erdogan et de son parti.

Il n’est pas sûr que cela sauvera Erdogan, car le procédé a de moins en moins d’effet. La population turque est de moins en moins dupe de cette stratégie de la tension à laquelle recourt le pouvoir. Et puis, en se lançant dans une nouvelle guerre sur le sol syrien, qui embarrasse les États-Unis mais aussi la Russie, Erdogan s’est engagé dans une nouvelle impasse. Il finira par en payer le prix.

André FRYS