Iran : Le pouvoir contesté

03 Janvier 2018

Depuis jeudi 28 décembre, le pouvoir iranien est contesté par des manifestations qui prennent de l’ampleur malgré la répression, des centaines d’arrestations et déjà 23 morts officiellement comptabilisés. Partie de Machhad, la deuxième ville du pays, la révolte s’est rapidement étendue à de nombreuses villes, y compris de très petites, pour atteindre Téhéran. Le 2 janvier, elle continuait à s’approfondir.

L’annonce de l’augmentation du prix de l’essence en même temps que celle de l’indemnité des députés, dans un contexte où le chômage explose, a semble-t-il été le déclencheur de la contestation. En réalité cela fait plus d’un an que le mécontentement populaire s’exprime. Des manifestations de plus en plus fréquentes avaient lieu dans différentes villes de province. Des travailleurs ou des retraités manifestaient pour obtenir le versement des salaires ou des pensions. Des petits épargnants ruinés réclamaient leurs économies après les nombreuses faillites de banques locales. Et tous dénonçaient la cherté de la vie ou la pénurie de produits de consommation de base. Ces manifestations éparses ont fini par converger le 28 décembre, autour de slogans comme « Mort à la vie chère » ou encore « Alors que les gens mendient, les mollahs agissent comme des dieux » ou d’autres dénonçant explicitement Rohani et Khamenei, le président de la République et le Guide de la révolution.

Si l’inflation et les pénuries résultent en partie de l’embargo imposé à l’Iran par les États-Unis et ses alliés depuis 1979, elles proviennent aussi du pillage de l’économie par les familles rivales qui se partagent le pouvoir. Le contrôle des institutions religieuses, des ministères, de l’armée ou du corps des pasdaran, les gardiens de la révolution islamiste, permet aux clans des Khamenei, Rohani et autres de s’enrichir en contrôlant les importations, la rente pétrolière ou en s’accaparant des terres et des biens de l’État. L’exaspération des classes populaires a été aggravée par la chute du cours du pétrole et l’absence des améliorations économiques espérées après la levée partielle de l’embargo en 2015.

Les luttes internes entre les différentes cliques qui se disputent le pouvoir ont peut-être également joué un rôle. Ainsi Ahmadinejad, l’ancien président battu en 2013, attaqué pour corruption par la justice entre les mains du clan Rohani, cherchait, ces derniers mois, à utiliser le mécontentement populaire contre ses rivaux. Cela expliquerait alors la relative bienveillance des pasdaran, principales forces de répression du pays, dans lesquelles il a toujours des appuis, face aux premières manifestations en province. Mais comme l’a déclaré le vice-président Jahanguiri : « Ceux qui semblent être derrière l’affaire devraient subir aussi les conséquences du feu qu’ils allument. (…) Si le courant social démarre et que le mouvement politique le suit dans la rue, il les dépassera. » Et malgré la contre-manifestation assez massive organisée à Téhéran par le pouvoir le 30 décembre, la contestation semble perdurer.

Le régime des mollahs en Iran, bien que contesté à plusieurs reprises dans le passé et malgré l’hostilité de l’impérialisme américain, s’est maintenu au pouvoir depuis presque quarante ans. La répression arrêtera-t-elle les manifestants ou, au contraire, attisera-t-elle la colère ? Ces questions trouveront peut-être des réponses dans les prochains jours. Quoi qu’il en soit, rien de ce qui a poussé des travailleurs à descendre dans la rue ne disparaîtrait par un changement se limitant à un nouvel équilibre entre factions rivales. Cela ne mettrait pas un terme à la vie chère, au chômage ou au pillage de l’économie par les possédants. Et, au-delà, le régime resterait une dictature contre la classe ouvrière et une prison pour les femmes.

Xavier LACHAU