Macron en banlieue : selfies et bonnes paroles

15 Novembre 2017

Entre un voyage à Abu Dhabi pour y vendre des armes et la préparation d’un projet de lois antiouvrier, Macron ne disposait que d’un bref créneau horaire pour contrebalancer son image méritée de président des riches.

Après une rencontre à l’Élysée lundi 13 novembre avec des maires émus de voir le président verser une larme sur leurs caisses toujours plus vidées par sa politique budgétaire, après une balade nocturne à Clichy-sous-Bois pour découvrir le délabrement du Chêne-Pointu alors qu’il vient de sabrer encore dans les budgets consacrés au logement social, Macron s’est donc fendu d’un petit discours à Tourcoing mardi 14 novembre au matin.

Alors que le chômage officiel dépasse les 25 % dans les quartiers dit prioritaires, que la pauvreté touche jusqu’à 40 % de la population, que la vie y est rendue toujours plus difficile par la disparition des services publics les plus élémentaires, Macron est venu avec tambours, trompettes et une armada de journalistes. Et d’annoncer une mobilisation nationale pour les quartiers et les villes, désignant surtout au passage les jeunes qui se tournent vers l’impasse mortelle de l’intégrisme islamique comme les responsables de tous les problèmes.

Au-delà des paillettes et du ton grandiloquent, il ne reste que déclarations ronflantes et mesures dérisoires. Aux plus jeunes condamnés au chômage à durée indéterminée malgré leurs diplômes, Macron a promis une augmentation des places d’internat, une aide aux collégiens de 3e pour trouver un stage en entreprise ou encore la multiplication des tests pour lutter contre la discrimination à l’embauche. Il a même justifié à nouveau la suppression des emplois aidés au nom de leur caractère précaire. Mais au lieu de supprimer, dans le budget 2018, 180 000 postes attribués à des personnes souvent issues des quartiers populaires, rien n’empêchait Macron de transformer en contrats durables ces emplois utiles, non seulement à leurs titulaires mais à toute la société.

Pour faire mine d’encourager l’embauche des jeunes issus de ces quartiers que l’État laisse à l’abandon, Macron n’avait rien à promettre, sinon de nouvelles primes pour le patronat : 15 000 euros sur trois ans pour n’importe quelle entreprise embauchant en CDI un jeune issu des quartiers. Y compris donc celles qui font des bénéfices, voire qui licencient dans le même temps ?

L’assurance de Macron faisant des risettes au bon peuple devant les caméras confirme s’il en était besoin tout le mépris social qui accompagne sa politique antiouvrière. La promesse de créer un conseil présidentiel de la ville, où quelques jeunes issus des quartiers ayant réussi joueront le rôle de pot de fleur, aura du mal à convaincre les milieux populaires que ce président, qui baisse les APL tout en supprimant l’ISF, est en quelque façon susceptible de défendre leurs intérêts.

Gilles BOTI