Les fusillés pour l’exemple de 1914-1918

15 Novembre 2017

À l’occasion des commémorations du 11-Novembre, les médias ont rappelé les mutineries de régiments engagés dans l’offensive du Chemin des Dames, préparée par le général Nivelle. Cette offensive, censée être la dernière avant la victoire, fut un massacre du côté des troupes alliées. Dans les semaines qui suivirent, de nombreux soldats refusèrent de remonter au front.

Certains des mutins se regroupèrent sans armes dans les bois, d’autres s’en prirent à leurs officiers, des milliers d’hommes reprirent la Chanson de Craonne, du nom d’un village du Chemin des Dames qui fut complètement rasé par la guerre, dont un des couplets dit : « C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards, tous ces gros qui font leur foire », et se termine sur : « Tous les camarades sont enterrés là, pour défendr’ les biens de ces messieurs-là. »

L’état-major eut bien du mal à rétablir la discipline. Il fit déporter et emprisonner de nombreux mutins et 27 d’entre eux furent fusillés pour l’exemple, parfois par leurs propres camarades, sous les ordres du commandement. Certains régiments furent contraints de défiler devant les cadavres afin de bien comprendre la leçon.

Les autorités militaires firent fusiller des soldats tout au long de la guerre, pour révolte ou pour des gestes considérés comme enfreignant la discipline. Entre 600 et 1 000 soldats français furent ainsi condamnés à mort. Les armées anglaises, italiennes et allemandes eurent elles aussi leurs fusillés pour l’exemple. Toutes eurent à faire face aux tentatives de fraternisation sur le front et aux réactions de soldats écœurés et révoltés par cette guerre, prenant conscience que leur intérêts et ceux des soldats du camp d’en face étaient les mêmes.

Ce n’est pas la fleur au fusil que les soldats montaient au front et marchaient vers leur mort, mais sous la contrainte.

Inès Rabah