Grammaire : où va se nicher le sexisme

15 Novembre 2017

314 enseignants ou enseignantes ont signé un manifeste affirmant qu’ils n’enseigneraient plus désormais la règle de grammaire, « le masculin l’emporte sur le féminin », dénonçant une formule qui, selon leurs termes, « résume la nécessaire subordination du féminin au masculin ».

Le renoncement à cette règle de grammaire serait symbolique. Cependant, l’apprentissage de cette règle dès le plus jeune âge et son application participent à la banalisation de l’inégalité entre les hommes et les femmes, toujours très marquée dans notre société. Ces enseignants proposent de revenir à la règle qui s’appliquait avant le 19e siècle, à savoir l’accord dit de proximité qui permet d’écrire « les hommes et les femmes sont belles » plutôt que « les hommes et les femmes sont beaux ».

Ce qui est frappant dans ce débat est la façon dont certains s’opposent à toute modification sur ce terrain. La règle actuelle n’a été réellement appliquée qu’au 19e siècle, au moment où l’école devint obligatoire, dans une période où le Code Napoléon rendait les femmes mineures à vie. Son application faisait suite à un combat mené et gagné au nom de la suprématie masculine. Cette règle en effet fut proposée en 1767 et un des grammairiens la défendait en ces termes : « Le masculin est plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. »

De fait, qu’ils fassent partie ou non de l’Académie française réputée pour son conservatisme, ceux qui s’opposent à une évolution de cette règle grammaticale se retrouvent à continuer un combat mené à partir du 17e siècle pour exprimer jusque dans le langage la position subordonnée des femmes dans la société. Et même si certains linguistes disent maintenant que le masculin serait devenu un genre neutre pour justifier la règle, celle-ci n’est nullement neutre face à une situation d’inégalité sociale qui perdure.

Il ne suffira certes pas de changer la langue pour régler un problème social qu’elle ne fait que refléter.

Inès Rabah