11-Novembre : mourir pour les industriels et les banquiers

15 Novembre 2017

Le 11 novembre, Macron a commémoré en même temps la continuité de l’État français, à l’Arc de Triomphe, et la réconciliation avec l’Allemagne, à l’Historial Hartmanns-Hinterkopf, la montagne mangeuse d’hommes, dans le massif des Vosges.

Macron a décrit le martyr des 30 000 hommes, allemands et français, morts en d’atroces et inutiles combats sur cette montagne d’Alsace. D’autres présidents avant lui avaient évoqué les millions de morts et les destructions sans nombre du premier conflit mondial. Cent ans après, tous sont prêts à déplorer l’absurdité de ce massacre. Quant à l’expliquer, tout au plus parlent-ils d’une regrettable montée des nationalismes.

Mais cette montée des nationalismes n’était pas due à une maladie, à une folie passagère ou à une erreur politique. Le nationalisme, en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Italie, était l’expression volontaire et organisée des intérêts des classes capitalistes de ces différents États. L’Allemagne voulait s’ouvrir de nouveaux marchés et gagner sa part de colonies. La France et la Grande-Bretagne voulaient conserver leur droit exclusif à surexploiter les esclaves coloniaux et leurs rentes d’usuriers de la planète. L’Italie, après une hésitation, s’était jointe aux Alliés en espérant être payée de retour. Ces oppositions menaient à la confrontation militaire.

Certes, depuis un demi-siècle, l’Allemagne et la France ont choisi de se réconcilier et de s’allier pour tenter de dominer ensemble le continent et de mieux faire pièce aux États-Unis et au Japon. Ce choix est la base même de la construction européenne que les politiciens français et allemands défendent devant leurs opinions publiques. D’où la manifestation à l’Historial, monument et musée de la réconciliation, la présence du président allemand et le discours sur les horreurs de deux guerres mondiales. D’où également l’affirmation maintes fois répétée : la construction européenne serait la garantie contre une nouvelle guerre.

On est loin de la vérité. Le monde capitaliste a connu la guerre perpétuelle depuis 1945. Les armées françaises ont été sans cesse engagées, sur tous les continents, y compris en Europe lors du conflit en Yougoslavie. Elles le sont encore aujourd’hui, en Afrique, en Syrie, en Irak. Et surtout la société mondiale est toujours divisée en classes et partagée en États rivaux, capables de se sauter à la gorge si leurs intérêts le commandent. Et si Macron a prononcé l’après-midi du 11 novembre des discours pacifistes, il avait bien pris soin, le matin, de participer à la cérémonie guerrière habituelle.

Les discours pacifistes sont passagers. La continuité de l’État, incarnée par Macron à l’Arc de Triomphe devant les militaires et les corps constitués, une longue série de guerres, une industrie d’armement qui inonde le monde entier et un lien indissoluble entre les marchands de canons, les banquiers, les militaires et les politiciens. Elle s’appuie sur les défilés militaires, les ventes d’armes, les enfants à qui l’ont fait chanter La Marseillaise, la marine qui réclame un deuxième porte-avions. Elle implique les bombardements en Syrie, les ruines en Irak, les exactions en Afrique, la préparation continue, scientifique et consciente du pire.

Le mouvement ouvrier d’avant 1914 le savait bien qui dénonçait avec Jaurès « le capitalisme [qui] porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage ».

Paul GALOIS