Corée du Nord : la vraie menace, c’est l’impérialisme

06 Septembre 2017

L’essai d’une bombe nucléaire à hydrogène, réussi le 3 septembre, a provoqué la condamnation de la Corée du Nord par les dirigeants de tous les pays, y compris la Chine et la Russie, alliés du régime nord-coréen.

Trump, qui avait promis, après des essais de tirs balistiques au mois d’août, de déchaîner « le feu et la fureur » sur ce pays de 25 millions d’habitants, a de nouveau jeté de l’huile sur le feu en dénonçant la supposée « politique d’apaisement » de la Corée du Sud vis-à-vis du Nord et en n’excluant pas un usage de l’arme atomique.

En réalité, on en est loin, car ni les dirigeants nord-coréens ni ceux des grandes puissances, à commencer par les États-Unis, n’ont intérêt à déclencher une guerre en Extrême-Orient. Les exercices militaires américains au large de la Corée du Nord, les tirs de missiles nord-coréens au-dessus de l’océan Pacifique, tout comme les rodomontades de Trump ou de Kim Jong-un, sont d’abord une partie de poker menteur dans laquelle, chacun dans son registre, la Corée du Nord et les États-Unis veulent montrer leurs muscles. Et, contrairement à ce que rabâchent dirigeants politiques et commentateurs, les responsables de cette crise sont d’abord les puissances impérialistes.

De l’Afrique au Moyen-Orient, elles installent des régimes dévoués à leurs intérêts et renversent ceux qu’elles ne jugent pas assez soumis. Elles bombardent des villes et des pays entiers, font débarquer leurs armées pour contrôler marchés et matières premières. En Corée, ce sont les États-Unis qui ont imposé la partition du pays dès 1945, puis une guerre féroce entre 1950 et 1953, pour montrer à tous les peuples dominés ce qu’il leur en coûterait s’ils osaient soutenir un régime tant soit peu indépendant ou se plaçant sous la tutelle de l’Union soviétique.

Le régime nord-coréen est certes une dictature. Mais son nationalisme se nourrit depuis l’origine de la politique américaine. Le sévère embargo exercé depuis 1953 par les États-Unis, sous toutes les présidences, a provoqué de véritables famines et le délabrement d’installations utiles à la population. À l’embargo américain s’ajoute désormais celui de la Chine, qui a officiellement cessé d’acheter le charbon, divers minerais et les produits de la pêche de la Corée du Nord. Soucieux de ménager leurs relations commerciales avec les États-Unis, les dirigeants chinois ont voté une résolution de l’ONU sanctionnant la Corée du Nord après les essais balistiques de cet été.

Quant à la menace nucléaire elle-même, si Kim Jong-un prétend pouvoir fabriquer quelques dizaines de têtes nucléaires, les États-Unis en possèdent plus de 7 500. Ils dépensent plus pour entretenir cet arsenal nucléaire que tous les pays réunis. Et n’oublions pas qu’à ce jour le seul pays qui a fait usage de l’arme nucléaire, c’est les États-Unis, précisément contre le Japon, à Hiroshima et à Nagasaki.

Xavier LACHAU