Ukraine : guerre et corruption14/01/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/01/une_2998-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C0%2C1271%2C1649_crop_detail.jpg

Dans le monde

Ukraine

guerre et corruption

Depuis qu’en novembre dernier a éclaté une énorme affaire de corruption, qui met en cause l’État ukrainien jusqu’au sommet, les révélations sur ce sujet n’arrêtent plus.

Deux ministres, impliqués dans le pillage du secteur de l’énergie pour 100 millions de dollars, ont dû être limogés. Un associé d’affaires de Zelensky, qui aurait organisé l’opération, s’est réfugié à l’étranger. Yermak, un homme clé du premier cercle du pouvoir, qui dirigeait l’administration présidentielle et la délégation de Kiev aux discussions – qu’on n’ose dire de paix tant elles sont au point mort –, a dû être évincé pour son rôle dans ce scandale. Et c’en est bien un alors que des millions de gens, en plein hiver, se trouvent privés d’éclairage et de chauffage par les frappes russes sur les infrastructures énergétiques, que les propres dirigeants du pays avaient déjà mises à mal afin de s’enrichir.

Les premiers jours de 2026, une autre affaire sensible a éclaté. La corruption au ministère de la Défense a permis, avec la complicité de membres du parti de Zelensky, Servir le peuple – un nom aux airs de mauvaise blague –, d’empocher des millions de dollars sur la vente de pièces détachées aux forces aériennes. Un haut fonctionnaire de ce ministère a fait mieux encore : il y a détourné plus de 20 millions de dollars.

Peu auparavant, le procureur général avait signalé qu’une entreprise privée avait fourni à l’armée pour 60 millions d’euros de mines inutilisables. Cela n’a rien d’original : le ministère de la Défense estime que l’ensemble des pertes occasionnées à l’État par des fournitures de guerre défectueuses atteint plus de 11 milliards de dollars !

Cela semble énorme, mais piller les ressources publiques et le budget de l’État est, en Ukraine comme en Russie, un « savoir-faire » que bureaucrates et affairistes privés ont hérité du régime stalinien. Chaque jour en apporte la preuve.

Ainsi, un ex-commandant militaire de la région de Lviv vient à nouveau de se faire prendre en flagrant délit de détournement de fonds destinés à la défense. Et il y a ce que vient de révéler un militaire d’une brigade blindée sur les tarifs que pratiquent les officiers moyens et subalternes : il faut payer « entre six et dix mille dollars » pour se voir affecté dans un bureau ou à un poste loin du front. Bien sûr, cela concerne les soldats, donc les conscrits qui n’ont pu échapper aux agents des CTR (centres de recrutement militaire) qui raflent sans pitié les hommes, jeunes ou non, valides ou non, pour les mobiliser ou les racketter.

Ces pratiques sont si connues que Boudanov, le nouveau chef de cabinet de Zelensky, a déclaré qu’il allait lutter contre la corruption dans les CTR. En effet, s’ils versent jusqu’à 7 000 dollars, les conscrits peuvent obtenir une planque, voire rejoindre le régiment présidentiel, loin des zones de combat.

Les hauts gradés trouvent leur compte à ce système. Mais en même temps qu’ils contribuent ainsi au manque de recrues, ils doivent en trouver pour tenir le front. Alors, les CTR enrégimentent comme « insoumis » même des invalides, des malades, des personnes chargées de famille nombreuse. Et la presse locale ne peut plus l’ignorer, surtout quand la famille d’un mobilisé de force fait savoir qu’il est décédé avant d’arriver à son unité ou qu’il a été battu à mort au CTR, comme cela s’est produit la veille du Nouvel An à Belgorod-Dniestrovski.

La haine d’une partie de la population se focalise sans doute sur les CTR. Traitant « les insoumis d’ennemis, de traîtres, de meurtriers », le CTR régional de Kiev vient de révéler que des civils ont tué quatre de ses commissaires et en ont agressé 272 autres lors d’attroupements voulant les empêcher d’enlever leurs proies.

C’est dans ce cadre que Zelensky a présenté à la Verkhovna Rada (le Parlement) deux projets de loi. Ils prolongent de 90 jours la mobilisation et l’état d’urgence, pour la 18e fois depuis le début de la guerre. Et la Rada veut supprimer le sursis des hommes de plus de 25 ans qui entrent à l’université ou en formation professionnelle.

Non seulement cette guerre n’en finit pas de réclamer toujours plus de chair à canon, mais, du haut en bas de l’appareil d’État, elle offre des occasions de s’enrichir sur le dos des classes laborieuses que l’on envoie à l’abattoir. Au nom, bien sûr, de la défense de la patrie.

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