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- Lutte ouvrière n°2998
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Dans les entreprises
La Poste – Paris Brune
colère glacée
La Poste s’est servie de l’épisode neigeux du début d’année pour imposer la fermeture de certains centres, ou bien le décalage des prises de service dans d’autres, cela au nom de la sécurité au travail. Mais elle a voulu imposer soit la pose d’un jour de congé, soit la récupération des heures pour le personnel empêché de travailler.
En réalité, l’occasion fait le larron : il s’agissait pour La Poste d’expérimenter à grande échelle son projet dit horaires variables qu’elle envisage de généraliser en 2026, c’est-à-dire la flexibilité du temps de travail selon ses besoins au détriment des postiers.
À Paris Brune, le matin du mardi 6 janvier, le centre était presque désert. Les seuls à devoir travailler étaient les livreurs de repas aux personnes âgées : la direction, malgré l’état de la chaussée, les obligeait à sortir en voiture et à vélo, sans se soucier des risques d’accidents encourus. Pourtant, la veille, chaque postier travaillant à la distribution du courrier avait été appelé par les chefs d’équipe et enjoint de ne pas se rendre au centre car il serait fermé, les camions de courrier, bloqués par la neige, ne pouvant pas arriver avant la fin de matinée.
Il n’était pas précisé si les postiers, ainsi obligés de rester chez eux, perdaient la journée ou pas. Aussi, entre collègues de Brune ou d’autres arrondissements, messages et appels circulaient sur les réseaux pour avoir des informations : Paris Brune était fermé, mais des collègues d’autres centres étaient invités à se rendre à leur travail en horaires décalés à partir de 11 h 30... Les facteurs de Brune étaient surtout préoccupés de savoir si la rumeur qui circulait concernant l’obligation de poser un jour de congé était vraie.
Le lendemain, cette fois malgré la neige attendue dans la matinée et toujours après appel à domicile, le personnel reprenait le travail. Ne pouvant pas sortir, les facteurs triaient le courrier en retard ou étaient invités à faire des formations. Dans un premier temps, beaucoup voulaient se rassurer, en se disant que la direction n’oserait pas voler la journée. Mais une heure après la prise de service, le directeur confirmait à quelques-uns l’obligation de poser un jour de congé pour rattraper la journée de la veille.
Après cette annonce, il n’a fallu que quelques minutes pour que l’ensemble du personnel de tous les services (facteurs, chauffeurs, préparateurs, agents de cabine, manutentionnaires) entoure le directeur, et lui fasse savoir vertement qu’il n’en était pas question : « C’est vous qui avez fermé le centre, c’est vous seul qui devez être sanctionné ». Face à cette colère, le directeur a d’abord voulu jouer à celui qui reste droit dans ses bottes mais finalement, la neige commençant à tomber, il a opportunément préféré laisser les travailleurs rentrer chez eux.
Vendredi 9 janvier, le directeur informait qu’il renonçait à la pose d’un congé en échange d’un repos compensateur, mais cela non plus ne passe pas. L’avis général est de ne rien lâcher, bonne façon de commencer l’année.