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- Lutte ouvrière n°2998
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Dans le monde
Iran
des années de révolte
La révolte en cours montre une nouvelle fois la détermination de la population iranienne face à un régime corrompu, réactionnaire et dictatorial qui la plonge dans la misère et le dénuement tout en la privant de liberté.
Le mouvement actuel est le cinquième depuis 2009. Cette année-là, la réélection frauduleuse du conservateur Ahmadinejad face au réformateur Moussavi, représentant une fraction concurrente du régime, avait poussé la petite bourgeoisie urbaine dans les rues avec des slogans sur la liberté. Si les classes populaires ne s’étaient alors pas mobilisées, ce fut l’inverse à l’hiver 2017-2018 puis encore en novembre 2019, lors de révoltes contre la vie chère et l’augmentation du prix de l’essence, du gaz, des œufs et autres produits de première nécessité qui entraînèrent la population des villes moyennes, longtemps acquises au régime. Enfin en 2022, l’assassinat de Mahsa Amini par la police des mœurs a déclenché la révolte « femme-vie- liberté » dont la jeunesse de tout le pays a été le fer de lance mais qui a trouvé le soutien et la compréhension d’une large partie de la population.
Si chacun de ces mouvements a fini par être brisé, au prix de milliers de morts, de dizaines de milliers d’arrestations, de condamnations à des années de prison et souvent à la peine capitale, cette répression n’a pas empêché que d’autres éclatent. Entre deux vagues, les luttes des travailleurs, dont le moindre combat sur le terrain économique devient politique parce qu’il se heurte aux dignitaires du régime, n’ont jamais cessé. Dans le secteur pétrolier, les transports, la production sucrière, la santé, l’enseignement, des salariés se sont battus pour sauver leurs emplois, obtenir leur titularisation ou simplement toucher leur salaire ; des petits producteurs ont dénoncé les voleurs d’eau, industriels ou gros propriétaires terriens, qui détournent des rivières jusqu’à les assécher.
Le mouvement en cours semble entraîner toutes les catégories. On voit y participer des jeunes de Téhéran tout comme des femmes âgées voilées dans de petites villes de province. Poussés à bout par les privations, la faim, les salaires impayés, les menaces de faillite, le népotisme, l’arbitraire des autorités ou simplement l’absence de liberté et l’avenir bouché, beaucoup se montrent prêts à risquer leur vie ou leur liberté pour que cela cesse. Le mouvement mobilise aussi les travailleurs de grands centres industriels, ceux d’Arak, d’Ispahan, du Khouzestan, qui ont plusieurs fois montré leur capacité à s’organiser et dont certains semblent avoir lancé des appels aux soldats pour « qu’ils ne soient pas les assassins de leurs pères ».
Cette combativité renouvelée ne peut que forcer le respect. Elle montre que si réactionnaire et répressive soit-elle, une dictature ne peut jamais empêcher la révolte.
On ne peut que souhaiter que le régime tombe au plus vite mais aussi que les leçons du passé soient tirées. Pour qu’une révolution aboutisse et apporte un changement positif aux masses, il est vital qu’elles gardent elles-mêmes la direction de leurs combats. La classe ouvrière d’Iran, grâce à sa concentration, son rôle au cœur de la production et de l’extraction pétrolière et sa capacité à s’organiser, peut et doit en prendre la tête.