Procès Lafarge : l’argent n’a pas d’odeur15/04/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/04/une_3011-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg2026-04-15

Leur société

Procès Lafarge : l’argent n’a pas d’odeur

Le 13 avril, l’entreprise Lafarge a été reconnue coupable de financement du terrorisme. Son PDG, condamné à huit ans de prison, a été incarcéré par les policiers à l’annonce du verdict.

Le tribunal a clairement établi que des sommes versées par Lafarge avaient servi à financer le groupe État islamique en Syrie.

Lafarge a ainsi versé en 2013 et 2014 plusieurs millions d’euros à des groupes terroristes pour pouvoir continuer l’exploitation de sa cimenterie de Jalabiya, dans le nord de la Syrie. Cette usine avait été acquise en 2007, lorsque le dictateur Bachar al-Assad avait procédé à des privatisations. L’usine était alors protégée par l’armée du régime, mais après le début de la guerre civile en 2011, l’exploitation a continué. Le prix du sac de ciment ayant doublé, il n’y avait aucune raison d’arrêter pour Lafarge qui changea simplement de protecteur. Ce fut alors la branche militaire du parti autonomiste kurde PYD, contrôlant la région, qui s’en chargea. Puis en 2013, lorsque le groupe djihadiste État islamique s’empara des environs, c’est avec lui que la direction de l’usine négocia, et elle paya ce qui lui était demandé.

Lors du procès le PDG, Bruno Lafont, s’est courageusement défaussé sur ses subordonnés, prétendant qu’ils ne l’auraient pas informé. C’est l’argumentation habituelle des délinquants, et même d’un ancien président de la République qui a fait un bref séjour en prison. Cela n’a pas impressionné la juge qui, outre le PDG, a condamné sept autres dirigeants à des peines allant de dix- huit mois à cinq ans de prison, et la société à l’amende maximum, 1,125 million d’euros, ce qui est quand même moins que les sommes versées à ses protecteurs sous prétexte de protéger son personnel.

Cette condamnation d’un patron et de ses acolytes, s’ils ne sont pas blanchis par un procès en appel, peut faire plaisir, mais l’attitude qu’a eue Lafarge en Syrie n’a rien d’exceptionnel. Payer des tueurs, des régimes policiers, des groupes terroristes ou des bandes armées n’est pas rare pour des groupes capitalistes. Pour ne parler que de Lafarge, ses agissements étaient-ils moins condamnables lorsqu’il faisait protéger ses installations par l’armée de Bachar al- Assad, ce bourreau de son peuple ? En Ouganda, Total s’en remet au régime dictatorial et à ses forces de répression pour obliger par la force les communautés villageoises situées sur le trajet de son futur oléoduc à laisser leurs terres. La seule différence est que les régimes en question ne sont pas classés dans la liste officielle des organisations « terroristes » telle qu’elle est établie par les dirigeants occidentaux. Et on sait très bien qu’en République démocratique du Congo, les minerais ne peuvent sortir qu’en graissant la patte aux bandes armées qui contrôlent la région et aux hommes de l’armée congolaise elle-même.

Ce qu’on appelle le financement du terrorisme n’est qu’une ligne parmi d’autres dans les comptes des trusts internationaux. Comme le disait un ancien membre des services secrets norvégiens embauché par Lafarge pour négocier avec les terroristes : « si c’est bon pour nos affaires… ».

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