“Plaider-coupable” : selon que vous serez puissant ou misérable…15/04/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/04/une_3011-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1265%2C1644_crop_detail.jpg2026-04-15

Leur société

“Plaider-coupable” : selon que vous serez puissant ou misérable…

Lundi 13 avril, les avocats étaient appelés à se mobiliser pour une journée « justice morte » à l’appel d’une grande partie de leurs syndicats.

Il s’agissait de dénoncer le projet de loi Darmanin « sur la justice criminelle et le respect des victimes ». La mesure phare de cette loi est l’extension du « plaider-coupable » aux affaires criminelles, et non plus aux seuls délits, comme c’est actuellement le cas. Les avocats dénoncent les risques d’une justice « expéditive », puisque la procédure permet d’éviter la tenue d’un procès en échange de la reconnaissance de l’intégralité des faits. Début mars, Darmanin avait déjà choqué les avocats et magistrats en déclarant qu’il fallait juger les affaires de viol en une seule journée, dans la mesure du possible.

En fait, le ministre est confronté au problème de l’engorgement des tribunaux. 6 000 dossiers sont en attente de jugement, faute de personnel pour les traiter ; il faut attendre en moyenne six ans pour une affaire de viol, et huit pour un meurtre. La France a déjà été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme à cause des délais de jugement indécents. Un précédent gouvernement avait créé en 2019 des cours criminelles départementales, généralisées à l’ensemble du pays en 2023, avec déjà pour objectif de décharger les tribunaux, mais ces nouvelles instances sont elles-mêmes débordées.

Les mesures présentées par le ministre sont une nouvelle tentative de réduire l’accumulation des dossiers, en accélérant les procédures. Quant à rendre véritablement la justice qu’attendent les victimes, là n’est pas la question pour Darmanin. Il y a d’ailleurs fort à parier que ceux qui utiliseront ce dispositif de « plaider-coupable » – aussi bien les accusés que les victimes, qui peuvent ou non y consentir – seront plutôt issus de milieux populaires, et n’auront donc pas les moyens d’attendre des procédures interminables. D’autres accusés, les plus riches, comme par exemple un Sarkozy ou un Balkany, peuvent toujours se payer le luxe de procédures longues et coûteuses, pendant lesquelles ils restent en liberté. On aimerait d’ailleurs savoir combien les multiples procès Sarkozy ont coûté au Trésor public et combien de dossiers ils ont contribué à retarder…

Malgré la hausse du budget du ministère de la Justice – l’un des rares ayant augmenté avec celui de la Défense –, aucun gouvernement ne parviendra à résoudre le problème de l’engorgement des tribunaux. Par nature, la société capitaliste fabrique chaque jour des milliers d’injustices, que leurs victimes voudraient bien que l’on répare. L’appareil judiciaire est censé répondre à leurs demandes mais en est, par nature, bien incapable. Les raisons sont multiples et ne tiennent pas seulement à l’engorgement de la justice, mais au fait que les juges eux-mêmes font partie de cette société et en acceptent les règles, de la protection de la propriété bourgeoise à la morale de la classe dominante.

La société capitaliste fabrique les problèmes bien plus vite qu’aucun appareil judiciaire ne pourra les régler. Tout ce qu’un ministre peut proposer est de les enterrer plus rapidement.

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