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Leur société
Pillage colonial : une loi sans restitution
Un projet de loi sur la restitution de biens culturels spoliés pendant la période coloniale, en particulier en Afrique, a été voté à l’unanimité par l’Assemblée nationale lundi 13 avril, comme il l’avait été au Sénat le 28 janvier.

Présenté par le gouvernement, ce texte fait suite à un discours de Macron prononcé à l’université de Ouagadougou en 2017, dans lequel il s’était engagé à rendre possibles ces restitutions dans un délai de cinq ans. Il a fallu attendre neuf ans pour que le projet de loi arrive à l’Assemblée.
« Une loi qui n’est ni dans le déni, ni dans la repentance […] pour un apaisement des mémoires », a affirmé Catherine Pégard, la ministre de la Culture. Il n’y a effectivement pas de risque de repentance puisque la référence à la colonisation ne figure même pas dans la loi ! On peut en revanche parler de déni, ou au moins de la volonté de faire oublier l’ampleur du pillage auquel le colonialisme français s’est livré. En réalité, avec cette loi, le gouvernement cherche à changer un peu son image auprès des populations des États africains, en restituant de façon spectaculaire quelques objets… et en gardant la plupart. Certains ont déjà été restitués en grande pompe au Bénin, à la Côte d’Ivoire, à Madagascar, mais en raison d’un principe d’inaliénabilité des biens culturels de l’État, une loi spécifique était nécessaire pour chaque restitution. La nouvelle loi permettrait une procédure plus facile, par décret du ministre de la Culture.
Cette loi ne permettra certainement pas aux pays africains de récupérer l’ensemble des objets issus du pillage, car il faudra pour chacun prouver qu’il a été acquis par vol ou par violence, ce qui n’est pas facile. Une chercheuse du Musée des civilisations noires de Dakar, Hélène Quashie, regrette ces « dispositions restrictives qui imposent au pays spolié de devoir prouver comment il l’a été à celui qui est l’auteur du crime ». « Les dizaines de milliers d’objets entreposés dans les réserves des musées ne suffisent-ils pas à démontrer à quel point la constitution de ces collections est issue d’une logique d’accumulation frénétique ? », s’interroge-t- elle.
En effet, une directrice de recherche au CNRS, Claire Bosc-Tiessé, a fait l’inventaire de 150 000 objets africains conservés dans 237 musées en France. Le seul Musée du Quai Branly, à Paris, en compte 70 000 dont 46 000 arrivés durant la période coloniale.
La loi devrait finalement permettre aux musées français de conserver l’essentiel du produit de ce pillage colonial ; on ne peut s’en étonner, venant d’un pays qui voudrait maintenir toute son influence et sa domination sur ses anciennes colonies.