Livreurs – Grenoble : exploités et expulsés15/04/20262026Journal/medias/journalarticle/images/2026/04/P13-3_Grenoble_Livreurs_C_LO.jpg.420x236_q85_box-0%2C86%2C800%2C536_crop_detail.jpg2026-04-15

Dans les entreprises

Livreurs – Grenoble : exploités et expulsés

Depuis le 19 novembre, expulsées de leur logement par le bailleur social Actis, des familles de livreurs à vélo de Grenoble se battent pour être relogées.

Illustration - exploités et expulsés

Vendredi 10 avril, au cours d’une conférence de presse, ils ont rappelé les conditions de travail épouvantables que leur imposent les plateformes Uber Eats et Deliveroo : des journées de travail interminables pour un salaire d’à peine 500 euros par mois (5,60 de l’heure) après déduction des frais de location de matériel ou autres. Ainsi, n’ayant pas de papiers, ils sont obligés de louer un compte 500 euros pour pouvoir travailler. Les plateformes imposent un statut d’autoentrepreneur, ce qui leur permet de ne fournir aucun équipement. Ces travailleurs doivent donc s’acheter eux-mêmes les casques, vêtements chauds, gants, vélos électriques… ceux-ci coûtant, au minimum, 1 500 euros.

Dans ces conditions, la santé se dégrade rapidement : troubles aux épaules, au dos, aux poignets, troubles urinaires à force d’être sur le vélo toute la journée et n’ayant ni pause ni endroit pour aller aux toilettes. Les livreurs sont la cible d’agressions racistes et parfois d’agressions sexuelles. Quand le client est insatisfait, il peut se plaindre sur une application dédiée, et du coup le livreur voit sa note baisser… ce qui est une pression insupportable.

Ils paient des cotisations sociales mais n’ont aucune prise en charge en cas de maladie, n’ont pas droit à une indemnisation en cas d’accident et n’ont pas de congés payés. L’accès aux soins est difficile en raison des problèmes de papier, et beaucoup y renoncent.

Les livreurs ont ensuite dénoncé l’enfer quotidien qu’ils vivent, de retour de ce travail épuisant, en rejoignant le soir une salle, dans les locaux de la Métropole, où ils sont tous entassés depuis leur expulsion. Soixante-quinze personnes (sur 150 au départ) y vivent. Parmi elles, 40 avaient reçu une promesse de relogement en décembre… mais la remise des clés est sans cesse reculée. La promiscuité devient un enfer quotidien, les nuits sont difficiles, la cuisine se fait sur place au milieu des lits, on compte un seul WC… Ces conditions insupportables ont entraîné des drames, comme deux fausses couches et un enfant mort-né, les mamans étant trop épuisées.

Cent personnes étaient présentes à la conférence de presse. Mais il n’y avait pas d’élus, pas de candidats ayant fait des promesses électorales, en particulier la nouvelle maire de Grenoble, Laurence Ruffin. À la tête d’une coalition de gauche, celle-ci s’était engagée à impulser des brigades de réquisition pour recenser les logements et locaux vides… mais ce travail est déjà fait depuis longtemps par les associations mobilisées comme le DAL !

Alors le combat continue et c’est aux cris de « des logements il y en a, par la lutte on les aura » que s’est achevé le rassemblement.

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