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Dans le monde
Gaza : nouvelle flottille contre le blocus
Le 12 avril, une nouvelle flottille de plusieurs dizaines de bateaux a quitté le port de Barcelone en direction de Gaza. Lucides sur ses faibles chances de pouvoir atteindre le territoire dévasté, les participants affirment néanmoins la nécessité de « briser le siège de Gaza. »
En septembre 2025, les embarcations de la précédente flottille avaient été interceptées par les forces armées israéliennes à grande distance des côtes, entre 70 et 120 milles nautiques (120 à 220 km), parfois plus loin encore. Des fusées éclairantes explosives, des grenades assourdissantes, des attaques depuis des drones avaient été suivies d’arraisonnements d’embarcations et d’arrestations violentes de passagers ou de membres des équipages.
Cette fois à nouveau des médecins, des humanitaires, des militants pour les droits des Palestiniens sont à bord pour, au moins, alerter l’opinion sur le sort des près de deux millions de Gazaouis dont la situation terrible ne fait plus la « une », en particulier depuis le déclenchement de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, et ses suites.
Terrible, la situation à Gaza ne peut se résumer en quelques chiffres. Pourtant, ils sont écrasants : plus de 72 300 morts depuis deux ans et demi, plus de 172 000 blessés, 10 000 Gazaouis portés disparus, sans doute encore ensevelis sous les décombres. Depuis le cessez-le-feu du plan Trump, le 10 octobre, les bombardements massifs de l’armée israélienne ont cessé, mais les « frappes chirurgicales » tuent toujours. Le 11 avril encore, au centre de Gaza, l’une d’elles a tué sept personnes, sous le prétexte habituel d’éradiquer une « cellule armée du Hamas ». Au même prétexte, trois jours plus tôt, un journaliste d’Al Jazeera avait été ciblé, ainsi qu’un travailleur humanitaire. Rien que depuis début avril, 32 habitants ont été tués sur le territoire, ou plutôt sur les 40 % de celui-ci où sont rassemblés les Gazaouis, devrait-on dire, puisque les forces armées israéliennes leur interdisent l’autre partie, à l’est de la « ligne jaune ».
Pour les Gazaouis qui refusent de s’exiler ou n’ont tout simplement nulle part où aller, c’est la survie. Survie dans des ruines, sur des terrasses d’immeubles en ruines et majoritairement sous des tentes ou abris précaires. 80 à 90 % de ce qui était construit est détruit. Selon un service de l’ONU, fin 2025, plus des trois quarts de la population devaient faire face à « des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë ». Et si, avec le cessez-le-feu d’octobre, un peu de nourriture a pu pénétrer, entraînant une baisse des prix, l’offensive sur l’Iran a provoqué de nouvelles restrictions, et une nouvelle inflation. Rien de ce qui serait nécessaire ne parvient à entrer par le seul point de passage autorisé par le pouvoir israélien : ni générateurs, ni pièces de rechange, ni équipements médicaux, ni médicaments. Plus de 1 700 soignants ont perdu la vie en deux ans de guerre et, ainsi que le dénonce un médecin embarqué sur un bateau de la flottille, « des gens meurent du fait de maladies qui auraient pu être empêchées. Il y a un manque de tout, d’anesthésie notamment. » Au moins 18 000 malades en état critique devraient être évacués vers les hôpitaux égyptiens. Les Gazaouis, presque totalement dépendants de l’aide humanitaire, sont toujours sous la menace d’expulsion de 37 ONG, brandie par Netanyahou.
Au demeurant, la phase 2 du prétendu plan de paix de Trump, qui prévoyait le retrait de l’armée israélienne et une ouverture fluidifiée du point de passage de Rafah, est loin d’être en application. Mais qui à Gaza pouvait croire à une telle issue de cette guerre sans fin ?