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Dans le monde
Détroit d’Ormuz : une guerre qui menace le monde
Moins de 24 heures après le début des négociations entre les États- Unis et l’Iran, la délégation américaine a claqué la porte parce que que les Iraniens refusaient de se soumettre à ses exigences. Aussitôt, Trump annonçait un blocus naval des ports de l’Iran, fermant un peu plus le détroit d’Ormuz.
Dépité que le régime iranien ne se soit pas effondré malgré 40 jours de bombardements massifs sur les infrastructures du pays, confronté aux conséquences économiques mondiales majeures de la guerre qu’il a déclenchée, Trump avait accepté un cessez-le-feu et l’ouverture de discussions au Pakistan. Mais en guise de négociations, il a d’emblée affirmé « je ne veux pas 90 %, ni 95 %, je veux tout ». Il exigeait ainsi la réouverture immédiate du détroit d’Ormuz, contrôlé depuis le 28 février par les Pasdarans qui ne laissent passer que les navires validés par l’Iran, le renoncement de ce pays à tout programme nucléaire et la remise de son stock d’uranium enrichi, le tout sans contreparties, ni la levée de l’embargo économique qui asphyxie le pays, ni le dégel des fonds iraniens bloqués au Qatar ou ailleurs.
Les dirigeants iraniens n’ont pas cédé à ce diktat. Trump a beau répéter « l’Iran veut à tout prix un accord » ou « ils n’ont aucune carte en main », il ne suffit pas d’être le chef suprême de l’impérialisme pour que tous les peuples et tous les régimes se plient. Malgré son caractère dictatorial et réactionnaire, malgré les révoltes successives qui l’ont contesté depuis plusieurs années, le régime iranien a gardé une base sociale. En dépit de l’élimination de ses principaux dirigeants, il a été renforcé par l’agression israélo-américaine dont la brutalité aveugle ne peut qu’alimenter le sentiment anti-impérialiste de la population.
Pour l’instant, face à la détermination iranienne, Trump n’a pas repris les bombardements qui ont coûté quelque 500 millions de dollars par jour et ont fait fondre les stocks de munitions de son armée. Mais depuis le 13 avril, celle-ci affirme qu’elle interceptera, voire coulera, tout navire qui quittera ou se dirigera vers un port iranien.
Ce blocus vise à empêcher l’Iran d’exporter son pétrole et à le priver ainsi de son principal revenu. Trump espère que la Chine, principal pays importateur des hydrocarbures d’Iran, fera pression sur les dirigeants iraniens pour les pousser à revenir négocier. Mais cette décision est une nouvelle fuite en avant, lourde de dangers. Outre qu’elle prolonge la crise pétrolière et aggrave la crise de l’économie mondiale, elle pourrait étendre encore la guerre. Quelle sera la réaction de l’Iran ou de ses alliés, en particulier les Houthis du Yémen capables de perturber la voie maritime vers le canal de Suez, face à un blocus prolongé et efficace ? Que se passera-t-il si un navire chinois ou d’une autre nationalité est coulé dans le détroit d’Ormuz ?
Depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, les dirigeants chinois essaient d’éviter de s’engager dans une escalade. Il en est de même des princes et émirs du Golfe alliés des États-Unis, impliqués malgré eux dans une guerre qui sape leur prospérité. Les pays impérialistes de second rang, même s’ils estiment n’avoir d’autre choix que de rester dans le sillage américain, ne suivent le chef de bande qu’à reculons. De son côté, l’impérialisme américain lui-même n’est en fait pas prêt militairement à s’engager dans une guerre tous azimuts.
C’est une politique du gros bâton qui a été engagée par Trump, avec le soutien de la bourgeoisie américaine, pour éliminer ou affaiblir les régimes qui refusent de se soumettre à ses intérêts et qui lui résistent. Cette politique a sa propre logique, et celle-ci enfonce déjà la planète dans le chaos.