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Data centers – Marseille : fuites toxiques sur la ville
À Marseille, à plusieurs reprises des gaz toxiques se sont échappés des data centers installés sur le port. Pour autant, le groupe international qui les possède, Digital Realty, une entreprise américaine dont le siège est à Austin, n’a pas jugé bon de résoudre le problème.
La base sous-marine construite par l’Allemagne pendant l’occupation a servi d’emplacement pour un premier data center. Le port de Marseille en a vu surgir un deuxième, puis un troisième et un quatrième. Aujourd’hui MBAcity construit, sur le site de l’ancien silo à sucre, un cinquième data center, le MRS5, toujours pour le compte de Digital Realty.
Marseille serait bien située, selon ce groupe, en tant que « sixième hub Internet Mondial, avec 18 câbles sous- marins reliés [au] campus de data centers ». Sauf que le plus petit centre de données consomme en électricité l’équivalent d’une ville de plus de 27 000 habitants. Il est nécessaire de refroidir en continu toutes les installations et de les maintenir à 25°. Une partie du refroidissement se fait grâce aux eaux des galeries de la mine désaffectée de Gardanne, mais ce n’est pas suffisant. Pour continuer à refroidir les data centers, l’entreprise utilise un gaz, considéré par Digital Realty, comme le nec plus ultra du refroidissement. Seul inconvénient, il a tendance à s’échapper à la moindre occasion et il est terriblement toxique, d’où la nécessité de surveiller constamment les joints. Déjà, en octobre 2023, la préfecture avait mis en demeure Digital Realty d’installer un système de détection des fuites. Mieux : l’arrêté préfectoral précisait que « les installations de production de froid du site MRS3 ont dû être rechargées, du fait des fuites, par 745 kg de fluide frigorigène R134A depuis 2021, ce qui correspond en équivalent CO2 à une distance de près de 9 millions de kilomètres effectuée avec un véhicule thermique sans malus ni bonus écologique ».
Si des travaux semblent avoir été réalisés, cela n’a nullement empêché que, durant l’année 2024 des joints défectueux ont provoqué le rejet de 62,5 kg de gaz toxique. Et la préfecture de préciser que le plan d’action n’a manifestement pas été suffisant.
Pour sa défense, la direction du groupe précise qu’elle se serait pleinement conformée aux directives de la préfecture en remplaçant le fluide incriminé par un produit moins toxique… et pour faire bonne mesure, elle affirme qu’il n’est donc plus nécessaire de mettre en place un contrôle tatillon des fuites. Mais la préfecture ne veut pas annuler les contrôles et risquer une catastrophe écologique en pleine ville de Marseille, surtout au moment où s’achève la construction du cinquième data center, MRS5, qui jouxte l’autoroute du port.
Christophe Castaner, président du Conseil de surveillance du Port de Marseille-Fos, ne s’est guère montré soucieux de l’impact nocif des entreprises de Digital Realty. Ce groupe prend des décisions concernant des centaines de milliers de personnes, avec la plus grande désinvolture vis-à-vis de la santé des riverains, et même des règles de sécurité.