Erika : Total condamné23/01/20082008Journal/medias/journalnumero/images/2008/01/une2060.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Erika : Total condamné

Neuf ans après le naufrage de l'Erika qui entraîna la pollution de 400 kilomètres de côtes, bretonnes pour l'essentiel, par 20 000 tonnes de fuel lourd, au bout d'un procès de onze mois, les accusés ont été condamnés. Ils sont trois, l'armateur gestionnaire du pétrolier, la société qui l'avait autorisé à prendre la mer et le groupe Total affréteur du navire, qui doivent payer des amendes et 192 millions d'euros en réparation des dommages causés.

Les États-Unis avaient obtenu il y a dix-huit ans de faire payer Exxon, responsable de la pollution de l'Alaska. Mais c'est la première fois en Europe qu'un tribunal va au-delà des indemnisations prévues par les conventions maritimes internationales, où les " pavillons de complaisance " - 60 % de la flotte mondiale - font la loi ; c'est la première fois qu'il condamne les pollueurs à payer.

Le préjudice écologique a été très grave pour la nature - entre 80 000 et 300 000 oiseaux mazoutés - et pour l'exploitation des ressources naturelles (huîtres, poissons, sel marin) ainsi que pour le tourisme. Comme dans ce genre de catastrophes, tout était à la fois scandaleux et parfaitement opaque : l'Erika avait vingt-cinq ans ; réparée à plusieurs reprises, sa coque était en très mauvais état et pourtant la société de contrôle Rina lui avait donné son quitus " sous la pression de contraintes commerciales ". Quant à Total, il l'avait sous-affrété à une société des Bahamas, agissant pour un intermédiaire suisse. Voilà un raccourci éloquent du monde des affaires, où chacun rejetait la faute sur les autres, et pour finir sur le capitaine indien, le seul à avoir connu la prison, mais qui a finalement été relaxé.

Total et ses compères sont donc condamnés à payer ; mais la somme reste modeste, eu égard aux dommages réels que les parties civiles (l'État, des Régions, des départements, des associations, etc.) estiment à un milliard d'euros. Pour récupérer de quoi rembourser les dépenses engagées pour faire face à la pollution, l'État a déposé 250 000 pièces justificatives ; il empochera 153 millions d'euros sur les 192 millions de dédommagement ; le reste sera partagé entre les Régions, les départements et un certain nombre de villes, et des associations écologiques comme la Ligue de protection des oiseaux (680 000 euros), WWF France et Greenpeace France (33 000 euros chacune). Mais d'autres associations n'ont pas pu boucler à temps leur dossier. D'autres encore, comme la Confédération maritime et la Confédération paysanne, se sont fait les porte-parole de petits exploitants contestant le système d'indemnisations déjà effectuées par le Fipol (Fonds international d'indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures), qu'elles estimaient à la fois arbitraire et insuffisant. Le président de la Confédération maritime a déclaré que Total, condamné à payer l'équivalent de " 20 % des préjudices réels ", s'en tirait " à bon compte ".

I1 y a six mois, l'avocat de Total dénonçait la diabolisation de son client et traitait les réquisitions de " boucherie juridique ". Aujourd'hui il lui conseille de faire appel, comme l'a déjà fait la société de contrôle, la Rina. On n'est peut-être pas au bout de l'affaire de l'Erika. Mais une chose est sûre : Total a fait 12,6 milliards de bénéfice net en 2006. En consacrer un à réparer ses torts ne serait qu'une goutte d'eau dans la mer...

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