Vélos libre-service et roue de la fortune.18/07/20072007Journal/medias/journalnumero/images/2007/07/une2033.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Vélos libre-service et roue de la fortune.

" Voilà comme j'aime les entreprises privées " : c'est l'hommage appuyé que le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a rendu à la société JC-Decaux lors de l'inauguration à Paris du système de mise à disposition de bicyclettes dit Vélib. L'élu a ajouté que la mise en place et l'entretien de ce nouveau service sera entièrement à la charge de l'afficheur qui versera de surcroît une redevance annuelle de 3 millions d'euros. On pourrait donc croire que Decaux fait oeuvre de philanthrope en permettant à plusieurs milliers de Parisiens de redécouvrir les joies du vélo. Car l'opération coûte entre 80 et 90 millions d'euros, sans qu'on sache encore ce qu'elle rapportera. Mais le contrat de mobilier urbain que l'entreprise vient de renouveler pour dix ans avec la Ville de Paris constitue une contrepartie profitable. Les 1 628 panneaux publicitaires installés dans la capitale devraient représenter désormais, selon l'entreprise elle-même, un rapport annuel de près de 60 millions d'euros.

La fortune de Decaux s'élève aujourd'hui à 3,4 milliards d'euros. Cet homme, que le magasine américain Forbes classe au 6e rang parmi les hommes les plus riches du pays, aime à faire croire que son ascension est le résultat d'une bonne idée qu'il a eue en 1964, où il a signé son premier contrat avec la mairie de Lyon. Il fournissait gratuitement des Abribus et les entretenait, la ville l'autorisant en échange à rentabiliser son investissement par la vente des espaces publicitaires. Mais pour pouvoir s'installer dans toutes les villes, bénéficiant de concessions pour parfois plus de vingt ans ans, l'empereur des Abribus et sanisettes a su nouer de solides relations avec des élus locaux et avec des responsables au sommet de l'État, rendant mille de ces petits services qui entretiennent l'amitié.

Jusqu'au milieu des années 1990, Jean-Claude Decaux bichonnait les élus. Il les recevait dans sa propriété de 33 hectares à Plaisir dans les Yvelines, les promenait dans son avion privé, les régalait dans le décor de sa bergerie. Mais sa générosité a fini par le mener devant les tribunaux. En 1990, il fut condamné en Belgique à un an de prison avec sursis pour corruption et pour avoir illégalement financé la campagne de l'ancien maire de Liège, Édouard Close. Ses démêlés judiciaires persuadèrent Decaux " de ne plus dépenser un centime en relations publiques ", comme il disait pudiquement.

Il faut croire pourtant que les bonnes relations demeurent. Le " spécialiste du mobilier urbain ", à qui la réussite en France a permis de se lancer à l'échelle internationale, bénéficiera avec le Vélib parisien d'une vitrine et d'un bon coup de pédale. De quoi lui permettre d'aller proposer ses services à d'autres villes de France et d'ailleurs.

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