SFR ( Toulouse) : Les travailleurs ne veulent pas être " cédés "18/07/20072007Journal/medias/journalnumero/images/2007/07/une2033.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

SFR ( Toulouse) : Les travailleurs ne veulent pas être " cédés "

Le 23 mai, la direction de SFR a annoncé son projet de céder dès le 1er août le service clientèle à Infomobile, un sous-traitant de Teleperformance. 1900 salariés sont concernés par cette cession, répartis sur trois sites : Toulouse (724 salariés), Poitiers et Lyon.

Les salariés chiffrent d'ores et déjà leur perte de rémunération à près de 40 % si la cession a lieu, avec la perte du 13e mois, de l'intéressement et de la participation aux bénéfices ; sans parler sans doute d'une dégradation des conditions de travail, voire de futurs licenciements et de fermetures de sites. La plupart connaissent déjà les pratiques des centres d'appels comme Teleperformance ou leurs sous-traitants.

À Teleperformance, installé à Lagège (banlieue de Toulouse), le turn over est très grand. Il est difficile d'y tenir plus d'un an. Une journée de travail peut avoir un " trou " de 3 ou 4 heures et le salaire, c'est le smic. La pression de l'encadrement, le mépris envers les salariés sont tels que les travailleurs qui y sont passés traitent ces boîtes d'" esclavagistes " et n'ont aucune envie d'y retourner.

Depuis l'annonce du projet, les travailleurs sont donc mobilisés. À Toulouse, les assemblées générales dirigées par l'intersyndicale CFTC-CFDT-CGT-UNSA-SUD sont quotidiennes et regroupent chaque fois une centaine de personnes. Chaque semaine est ponctuée par des manifestations, des actions, voire des demi-journées ou des journées de grève. Pour faire pression sur leur patron, l'action privilégiée et quotidienne des salariés est... le téléphone. Depuis le début de ce que tous appellent la " grève ", le temps d'attente au téléphone pour un client peut monter jusqu'à 1 h (il est de l'ordre de 5 mn en temps normal). Beaucoup de clients manifestent d'ailleurs leur solidarité, même après un temps d'attente assez long. Ce n'est pas la vraie grève puisque les salariés sont à leur poste, mais c'est une guerre d'usure qui dure depuis maintenant deux mois.

C'est pour faire encore davantage de profits que les actionnaires de SFR veulent céder le service clientèle à un sous-traitant. En 2006 le groupe a fait 1,7 milliard de bénéfices. SFR, filiale de Vivendi à 55,8 % et de Vodafone à 43,9 %, est le deuxième opérateur de télécommunications mobiles en France, avec plus de 17,2 millions de clients et 35,8 % du marché français de la téléphonie mobile.

La ville de Toulouse, avec d'autres collectivités locales, a par ailleurs largement accompagné, en 1998, l'installation du centre d'appels de SFR, à l'époque Cegetel, qui a bénéficié pour cela de l'équivalent de 500 000 euros de subventions.

Vendredi 6 juillet, la direction de SFR a proposé à l'intersyndicale un protocole de fin de conflit qui consiste à reporter la cession du 1er août au 31 décembre prochain. L'intersyndicale a refusé, avec l'accord de tous les participants à l'assemblée tenue le lundi 9 juillet. Le protocole ne comporte en effet aucune garantie quant au maintien des emplois, ni aucune garantie sur les conditions de travail. Là aussi, Teleperformance est connu pour avoir fermé des services après les avoir rachetés.

La colère contre la direction est toujours là, et le combat continue.

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