Allemagne : Une Église qui fut complice du régime nazi24/08/20052005Journal/medias/journalnumero/images/2005/08/une1934.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Allemagne : Une Église qui fut complice du régime nazi

Un des temps forts de la venue du pape à Cologne lors des Journées Mondiales de la Jeunesse a été, paraît-il, sa visite à la synagogue de la ville, lors de laquelle il a qualifié le génocide des Juifs par les nazis de «crime inouï».

Et en effet, les Juifs de Cologne étaient au nombre de 20000 en 1933; il n'en restait qu'une centaine en 1945, la majorité de ceux qui n'avaient pas pu fuir ayant été exterminés dans les camps de la mort: plus de 11000 d'entre eux y ont péri de façon certaine, mais beaucoup d'autres ont disparu sans laisser de trace.

En revanche, Benoît XVI n'a pas répondu à la demande d'ouvrir intégralement les archives du Vatican, afin de faire la lumière sur l'attitude de l'Église à l'époque. Soixante ans après la chute du nazisme, l'Église catholique refuse toujours d'assumer sa passivité, souvent complaisante, vis-à-vis de l'extermination des Juifs d'Allemagne et d'Europe. Elle est pourtant évidente, comme l'est l'aide qu'elle a apportée à un certain nombre de responsables nazis pour s'enfuir en 1945.

Ce qui est moins connu aujourd'hui est sa complicité dans la mise en place du régime national-socialiste. Il existait en effet, dans l'Allemagne de l'entre-deux-guerres, un parti catholique, le Zentrum (l'ancêtre de la CDU-CSU actuelle). Celui-ci soutint la nomination d'Hitler au poste de chancelier le 30 janvier 1933 et il eut même un ministre dans ce premier gouvernement à direction nazie. Le 23 mars, le même Zentrum, dont le président était un prélat catholique, Monseigneur Kass, apporta à Hitler les voix de ses 92 députés, ce qui permit à ce dernier d'obtenir, avec plus des deux tiers des suffrages, les pleins pouvoirs. Les hommes du Zentrum ne pouvaient pourtant pas dire qu'ils «ne savaient pas»: trois jours auparavant, le premier camp de concentration avait ouvert ses portes à Dachau, près de Munich. Depuis des semaines, la terreur régnait dans les quartiers ouvriers. Et des milliers de militants communistes, sociaux-démocrates, syndicalistes peuplaient déjà les geôles nazies et les chambres de torture des SA.

De leur côté, les évêques catholiques, réunis en conférence à Fulda le 28mars, levèrent leurs condamnations antérieures du nazisme et appelèrent leurs fidèles à soutenir loyalement le régime. Le 5juillet 1933, le Zentrum s'autodissout, laissant le champ libre au NSDAP, désormais parti unique. Deux semaines plus tard, le 20juillet 1933, un concordat était signé entre le Reich et le Vatican. Bien sûr, le régime nazi n'était pas de nature à respecter cet accord à la lettre et les soudards hitlériens ne se privèrent pas, par la suite, de marcher sur les plates-bandes de l'Église et de persécuter les prêtres qui n'étaient pas assez dociles à leurs yeux. Mais l'Église put sauver l'essentiel de ses intérêts: oeuvres, institutions, financements. Et Hitler montra sa reconnaissance en rendant obligatoire la prière à Jésus dans les écoles publiques. Il faut rappeler également que la République de Weimar avait décidé, en 1932, de compléter la séparation de l'Église et de l'État inscrite dans sa Constitution en supprimant l'impôt d'Église, prélevé directement par l'État. Celui-ci fut rétabli par le concordat de 1933... et existe toujours dans la République Fédérale Allemande de nos jours.

Ce n'est qu'en 1937, alors que la dictature était fermement installée, que le pape prit publiquement ses distances avec l'idéologie raciste des nazis. Cela n'empêcha nullement le Vatican, en été 1941, lorsque les armées allemandes envahirent l'Union Soviétique, de demander au commandement de la Wehrmacht de pouvoir envoyer des missionnaires dans le sillage des troupes allemandes, pour convertir au catholicisme les paysans russes orthodoxes! Hitler refusa, estimant sans doute superflu de s'embarrasser de ces soutanes.

De son côté, l'Église protestante n'eut pas une attitude différente, en prêchant à ses fidèles l'obéissance à l'État et en fermant les yeux sur les persécutions contre les Juifs. Au point qu'elle se sentit obligée de publier, dès 1945, une «Confession de culpabilité»... que l'on attend toujours de la part de l'Église catholique!

Certes, tous les chrétiens d'Allemagne n'ont pas soutenu le régime nazi. Et un certain nombre d'entre eux, pasteurs, étudiants (comme le groupe «la Rose Blanche» de Munich) ou même soldats, ont tenté à leur façon de secourir les persécutés du régime, voire de résister, au péril de leur vie. Mais ce furent toujours des actes individuels. En revanche, la haine à l'égard des travailleurs et la servilité à l'égard des possédants qui guidaient alors la hiérarchie des Églises, tant catholique que protestante, les firent se retrouver dans le camp du régime nazi.

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