Un gouvernement d’irresponsables, un Etat défaillant, un régime malade20/08/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/08/une1829.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Un gouvernement d’irresponsables, un Etat défaillant, un régime malade

Les chiffres avancés pour le nombre de morts liés à la canicule gonflent de jour en jour. Des journaux parlent de cinq mille morts de plus, des personnes âgées pour la plupart. Après avoir nié l'étendue de la catastrophe, le gouvernement a fini par prendre, avec dix jours de retard et après le retour de la pluie, les mesures d'urgence qu'il aurait dû prendre dès le début de la vague de chaleur. Et Raffarin de se montrer alors aux caméras, rendant visite aux survivants dans des maisons de retraite. Mais cela ne fera pas revenir ceux qui sont morts de la chaleur à cause de l'incapacité de l'État à y faire face au moins en mettant en oeuvre les moyens trouvés après coup.

La vague de chaleur était exceptionnelle, mais comment se fait-il que trois ou quatre degrés de plus au thermomètre puissent faire autant de victimes et deviennent une catastrophe majeure? La chaleur exceptionnelle n'a été que le révélateur de la situation déplorable des hôpitaux comme des maisons de retraite, même en temps ordinaire.

Les hôpitaux, comme tous les services publics, travaillent depuis des années en flux tendu. On y ferme depuis des années des lits voire des services entiers, faute de personnel. Même d'ordinaire, nombre de services dans les hôpitaux ne fonctionnent qu'en imposant au personnel des efforts déments et des heures supplémentaires impossibles à récupérer. Comment les Urgences pourraient-elles faire face à des situations exceptionnelles lorsque, d'ordinaire, elles sont obligées de placer leurs malades dans les couloirs? Les budgets des hôpitaux étant plafonnés, il leur est impossible de faire face à des situations d'urgence, même pour du matériel courant. Dans combien d'hôpitaux n'y avait-il ni ventilateurs, ni brumisateurs, ni même de l'eau glacée? Et surtout, pas assez de personnel, même sans compétence médicale, simplement pour faire boire les hospitalisés ou pour leur passer une serviette mouillée sur le visage?

Pour faire oublier ses défaillances, le gouvernement promet aujourd'hui une prime pour le personnel des Urgences, comme on jette un pourboire. Mais ce n'est pas de cela que le personnel hospitalier a besoin, mais de salaires corrects et, surtout, d'embauches et de moyens en quantité suffisante. Sinon, il y aura inévitablement d'autres catastrophes, et de plus en plus graves!

Pour se justifier devant la dénonciation de l'insuffisance des moyens hospitaliers, le gouvernement ose dire que la moitié des morts sont des vieillards qui n'étaient pas hospitalisés et qui sont morts chez eux. Mais pourquoi vient-on d'aggraver les conditions d'obtention de l'allocation personnelle d'autonomie, permettant aux personnes âgées de recourir à l'aide à domicile?

Dans tous les domaines où il s'agit des conditions d'existence et de la vie de la population, les choses régressent. Le rôle d'un État au service de la collectivité serait de se doter en permanence des moyens de faire face à des situations exceptionnelles et, quand elles se produisent, de réagir en mettant en oeuvre les moyens collectifs qu'il est censé gérer. Mais l'État n'est pas au service de la collectivité.

Le PS et les Verts qui se posent aujourd'hui en critiques de l'imprévoyance du gouvernement ne valent pas mieux que leurs successeurs de droite. Oui, il y a l'imprévoyance du gouvernement et son mépris total de la population. Mais c'est en même temps pire qu'une simple imprévoyance: ce qui s'est passé est la conséquence inévitable d'une politique délibérée d'économies sur la santé, comme sur tous les services publics, menée par tous les gouvernements successifs depuis des dizaines d'années.

Au-delà des gouvernements qui passent, c'est tout le système capitaliste qui est en cause, incapable qu'il est de satisfaire les besoins essentiels de la collectivité, même dans les pays qui en ont très largement les moyens matériels.

(voir les articles des rubriques leur société et dans les entreprises)

Partager