USA : Explosion de Columbia, un drame... prévisible ?06/02/20032003Journal/medias/journalnumero/images/2003/02/une1801.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

USA : Explosion de Columbia, un drame... prévisible ?

L'explosion de la navette spatiale Columbia et la mort des sept astronautes éclairent d'un jour singulier ce qui n'est pas seulement un drame lié aux aléas des vols dans l'espace. Derrière la part d'inconnu, non maîtrisée et non maîtrisable, de l'aventure spatiale, voilà qu'apparaissent maintenant des raisons liées à de sordides problèmes d'économies de budget.

Il y a longtemps que les crédits à la Nasa, dont les travaux ne présentaient plus de priorité stratégique pour le gouvernement américain, ont été considérablement réduits. Au cours des années quatre-vingt-dix, les sommes consacrées par les États-Unis à la recherche spatiale ont baissé de 40 %. Parallèlement à cette amputation de budget, il était recommandé à la Nasa de vendre ses services et surtout de réduire ses charges en réduisant le personnel, et en sous-traitant des opérations à des entreprises privées. Autant dire que la Nasa devait se débrouiller en partie pour se financer, quitte à s'en remettre à des fournisseurs privés de services ou de matériels qui, comme partout et comme dans tous les domaines, pensent d'abord à faire des profits. En 2001, l'équivalent américain de la Cour des comptes s'était bien inquiété de la diminution des personnels de la Nasa et avait estimé que le contrôle de la Nasa sur ses partenaires privés était insuffisant... sans que cela change quoi que ce soit.

L'âge de la navette Columbia est aussi mis en cause. Elle était la plus ancienne des véhicules orbitaux de ce type, livrée en 1979, arrêtée pour modifications en 1989 puis remise en service en 1992. Elle en était aussi à sa 28e mission, ce qui est beaucoup.

Les faiblesses de Columbia n'étaient pas inconnues des plus hautes autorités de l'État américain. En avril 2002, Richard Blomberg, président du Conseil pour la sécurité aérospatiale, avait exprimé devant le Congrès américain ses inquiétudes sur la sécurité du parc des navettes Columbia, Discovery (datant de 1983), Atlantis (de 1985) et Endeavour (de 1991) avant de démissionner de ses fonctions. A propos de Columbia, un rapport de ce même Conseil avait précisé " la navette est vieillissante. L'entretien et l'amélioration de ses infrastructures ont été repoussés (...). La situation empire chaque année ". La réponse du Congrès avait été de licencier cinq des neuf membres du Conseil pour la sécurité aérospatiale, qui alertait pourtant sur les dangers encourus par les navettes (et par leurs passagers) si le budget de la Nasa n'était pas augmenté...

L'astronaute français, embarqué sur la navette Discovery en 1985, Patrick Baudry, a commenté l'explosion de Columbia en constatant que la sécurité de l'équipage n'est pas la priorité des priorités dans les vols des navettes spatiales : " Il n'est pas acceptable qu'un engin aussi dangereux ne soit pas équipé de système de sauvegarde, qui permet de sauver l'équipage en cas de problème ". Et d'ajouter que " la navette est une manne pour le lobby industriel américain " et qu'il était donc hors de question de l'abandonner.

Même si Bush a annoncé, après la catastrophe, une rallonge du budget de la Nasa, le programme spatial civil continuera à recevoir la portion congrue des financements budgétaires, qui vont d'abord et avant tout aux programmes militaires. Les vols dans l'espace ne sont plus pour l'essentiel des vols ayant des objectifs scientifiques, visant à découvrir l'espace et à faire progresser dans ce domaine la connaissance. Il s'agit d'abord de vols commerciaux, le plus souvent pour le lancement de satellites de télécommunication. Ceux-là bénéficient évidemment des progrès technologiques issus des autres vols. Ils sont vendus à des clients et rapportent, du moins à certains.

La conquête de l'espace a été rattrapée par la conquête des profits... Et incroyable mais vrai, on découvre que l'on fait des économies sur les véhicules spatiaux, sur leur entretien et leur renouvellement, à peu près comme on en fait sur les trains de banlieue ou sur le personnel dans les gares. Avec les mêmes conséquences pour le matériel et même, parfois, pour les voyageurs...

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