Minatec : Crédits publics pour la recherche... de profits privés08/02/20022002Journal/medias/journalnumero/images/2002/02/une1750.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Minatec : Crédits publics pour la recherche... de profits privés

STMicroelectronics, fabricant franco-italien de semi-conducteurs, possède des usines sur tous les continents et est un des principaux employeurs de la région grenobloise, avec 2000 salariés à Grenoble et autant à Crolles, petite ville proche de Grenoble, ainsi que des milliers d'emplois liés à la sous-traitance. Ce fabricant est dans le peloton de tête de sa catégorie, se classant entre le troisième et le cinquième mondial, au gré des fluctuations relatives des chiffres d'affaires et bénéfices annoncés chaque trimestre, Bourse oblige. En plus, implantée à Malte, cette société y réalise une part importante de son chiffre d'affaires, elle y est exonérée de tout impôt sur les bénéfices et dispose de coûts de main-d'oeuvre très bas.

La demande de semi-conducteurs, tant pour l'industrie que pour les produits grand public, ne cesse de croître. C'est donc un marché intéressant. Mais les coûts liés à la maîtrise industrielle des procédés, ainsi que ceux liés à la recherche et développement, croissent eux aussi. Le taux de profit de cette industrie pourrait donc baisser si, entre autres, les Etats et les organismes de recherche liés à eux ne venaient à sa rescousse pour réduire ces coûts.

Pour exemple, il y a quelques années, au moment de sa construction et de son démarrage en tant qu'usine de recherche et développement, l'usine de Crolles de STMicroélectronics a bénéficié de subventions européennes, nationales et locales, d'un milliard de francs. Le ministère de l'Industrie et de la Recherche française lui alloue chaque année de 800 millions à un milliard de francs de subventions au titre d'aide à la recherche. A Grenoble, elle bénéficie du travail de centaines de chercheurs du CEA-Leti (organisme d'État), de différents laboratoires fournissant études et chercheurs et de plusieurs écoles d'ingénieurs avec lesquelles elle a tissé de nombreux liens.

Ainsi, début 2000, le CEA a décidé de faire de son site un "pôle d'innovation en micro et nano technologies" dans le domaine de la microélectronique, de la chimie et de la biologie, des sciences qui auront à cohabiter dans les puces du futur. Ce projet, appelé Minatec, a pour ambition d'être le principal pôle d'innovation en Europe. Dès juillet 2000, le Conseil général de l'Isère, la ville de Grenoble et la Métro (la communauté de communes à la périphérie de Grenoble) ont décidé de financer les bâtiments nécessaires à ce projet, soit 65 millions d'euros (pour un coût global de 150 millions d'euros en quatre ans). Les industriels tels que STM, Philips, Rhodia etc., n'auront plus alors qu'à se servir sur "les étagères de Minatec" de technologies testées, éprouvées, industrialisables et donc profitables.

Pendant ce temps-là, à Grenoble comme dans les communes de l'agglomération, faute de moyens alloués, il manque des logements sociaux, du personnel hospitalier, et dans les écoles, les classes sont surchargées. Mais peut-il en être autrement dans une société qui met en préalable à toute réalisation le bénéfice que pourraient en tirer quelques parasites ?

Partager