Prendre sur l'argent accumulé par les actionnaires pour garantir l'emploi et le salaire des travailleurs09/11/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/11/une-1738.gif.445x577_q85_box-0%2C11%2C166%2C227_crop_detail.jpg

Editorial

Prendre sur l'argent accumulé par les actionnaires pour garantir l'emploi et le salaire des travailleurs

Le nombre de chômeurs a encore augmenté pour le cinquième mois consécutif. Mais comment n'en serait-il pas ainsi alors que les grandes entreprises multiplient les plans sociaux ? Alcatel, qui avait déjà annoncé la suppression de 23 000 emplois dans le monde, en ajoute 10 000. Dim menace de fermer deux de ses usines. Kodak laisse entendre qu'il procédera au licenciement de plusieurs milliers de personnes. Ces plans de licenciements collectifs s'ajoutent aux licenciements déjà effectués ou en route chez Moulinex, AOM-Air Liberté, Bull, Danone, Aventis, Alstom, Bata, à la fermeture de l'usine Philips du Mans et de deux usines Valéo à Vire et Cahors. Quant à ceux de Marks et Spencer, on leur a fait miroiter la reprise par les Galeries Lafayette. Mais, en occupant Exel, sous-traitant de Marks et Spencer, dans la région parisienne, ses travailleurs montrent que la promesse ne vaut pas pour les sous-traitants. Que vaut-elle d'ailleurs pour les autres ? Et ces plans sociaux ne tiennent pas compte des intérimaires dont on réduit brutalement le nombre, partout, même dans les entreprises d'automobile qui se vantent par ailleurs que leurs ventes marchent très bien.

Un nombre croissant de ces grandes entreprises évoquent la dégradation de la situation économique, et certaines ont même le culot d'évoquer les attentats du 11 septembre. Le mensonge est doublement grossier. D'abord parce que la plupart de ces plans de licenciements ont été annoncés, voire mis en place, avant septembre. Mais aussi et surtout parce que, même pendant le temps où le patronat et le gouvernement se vantaient de la bonne marche de l'économie, il y avait des plans de licenciements, y compris dans des entreprises qui faisaient du profit.

Mais, quand bien même l'économie serait en récession, est-ce aux travailleurs de payer les pots cassés ? Est-ce normal, est-ce acceptable que ceux qui n'ont en rien bénéficié de l'envolée des profits perdent aujourd'hui leurs salaires, leur unique source de revenu ? Depuis plus de dix ans, les profits des grandes entreprises n'ont pas cessé de croître. Ils ont été d'autant plus élevés que les salaires étaient bloqués, que les emplois stables étaient remplacés par des emplois précaires, plus mal payés, que la flexibilité des horaires s'ajoute aux cadences pour aggraver l'exploitation. Ces profits ont été encaissés par les propriétaires de ces entreprises, par leurs actionnaires. Leurs fortunes ont été doublées, triplées, pendant ces années et ont été accumulées en nouveaux paquets d'actions et en propriétés immobilières. Pourquoi ces gens-là ne pourraient-ils pas être rendus responsables des pertes de leurs entreprises, y compris sur leurs fortunes personnelles ?

Les lois actuelles protègent la propriété et les actionnaires et ignorent les travailleurs. Un actionnaire a le droit absolu de protéger son capital. Il peut le retirer d'une entreprise si celle-ci ne tient pas le coup dans la concurrence ou même seulement s'il rapporte moins là qu'ailleurs. Un travailleur n'a aucun moyen légal de protéger son emploi.

Le gouvernement se réfugie derrière les lois et lève des bras impuissants lorsqu'une entreprise ferme parce que ses actionnaires ont retiré leurs capitaux. S'il avait voulu, le gouvernement aurait pu changer ces lois injustes. Il en aurait eu le temps depuis qu'il est en place et qu'il a la majorité à l'Assemblée. Mais il ne l'a pas fait parce qu'il est au service des actionnaires, des propriétaires et des riches, et pas au service des travailleurs.

Alors, ce qu'un gouvernement, même de gauche ne veut imposer au patronat et aux actionnaires, ce sera aux luttes collectives des travailleurs eux-mêmes de l'imposer. Ce n'est pas la première fois que la loi finit par reconnaître ce que le rapport des forces a réalisé. Il en a été ainsi pour les congés payés ou la limitation à 40 heures de l'horaire de travail légal en 1936. Il en a été ainsi pour la hausse du Smic en 1968. Il devra en être ainsi si nous voulons que la vie des travailleurs passe avant l'argent des actionnaires.

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