Le report du vote de la loi "de modernisation sociale" : Un geste de Jospin... et une politique de faux-semblants01/06/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/06/une-1716.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Le report du vote de la loi "de modernisation sociale" : Un geste de Jospin... et une politique de faux-semblants

Jospin a fait un geste en direction du PCF, mardi 29 mai, en annonçant le report du vote de la loi dite "de modernisation sociale" qui devait avoir lieu ce jour-là. Robert Hue avait annoncé la veille que, "en l'état", le PCF ne pourrait que voter contre le texte, parlant de "situation gravissime".

Après une semaine au cours de laquelle la ministre dite de l'Emploi et de la Solidarité, Elisabeth Guigou, avait refusé tous les amendements proposés, que ce soit par le PCF, par les Verts, par le MDC ou même par des députés socialistes, les députés communistes étaient une fois de plus placés devant l'obligation de s'aligner derrière le projet présenté par les socialistes.

C'est d'ailleurs ce que Jospin voulait confirmer. En disant qu'il n'entendait faire aucune concession aux exigences du PCF, et aux demandes respectueuses émanant des rangs socialistes, il voulait réaffirmer sa suprématie au sein du gouvernement, afin de montrer au patronat, et en même temps à l'électorat du centre et de la droite, qu'il restait lui aussi "droit dans ses bottes" face aux revendications populaires.

Après les affaires LU-Danone, AOM, Marks & Spencer, après une vague scandaleuse de fermetures d'usines et de licenciements annoncés par de grandes entreprises aux profits énormes, Jospin et sa ministre ont continué d'affirmer qu'il fallait laisser la liberté d'agir aux patrons, voire faire confiance aux chefs d'entreprise pour qu'ils assument "leurs responsabilités sociales", ce qui sonne comme une mauvaise plaisanterie. Tout au plus la fameuse loi, votée en première lecture il y a quelques mois y compris par le PCF, a-t-elle été complétée in extremis par des dispositions qui ne changent rien d'essentiel, visant par exemple à doubler l'indemnité due en cas de licenciement et parlant d'obligations, pour les entreprises, de contribuer à la "réindustrialisation" des sites fermés. Autant dire qu'une fois de plus, le gouvernement socialiste se contente de phrases et de faux-semblants laissant toute liberté au grand patronat de faire ce qu'il veut.

Alors bien sûr, après l'émotion suscitée par l'affaire LU-Danone et alors que le PCF a pu mesurer récemment l'ampleur du mécontentement de l'électorat populaire, et en particulier du sien, à l'égard de ce gouvernement dont il fait partie, il était difficile aux députés communistes de se comporter, une fois de plus, en simples députés godillots du gouvernement.

Mais qu'est-ce que change le report de quinze jours du vote de la loi ? Rien, sinon encore un faux-semblant, un geste par lequel le gouvernement fait mine de tenir compte des objections d'un des alliés de sa majorité. Car Jospin et Guigou l'ont dit et répété, il n'est pas question pour eux d'interdire les licenciements, et même pas de retenir le timide amendement proposé par le PCF consistant à donner à la justice des pouvoirs pour suspendre l'exécution d'un plan social "en vue de faire prendre en compte l'avis et les propositions d'un comité d'entreprise".

Mais pendant quinze jours encore, les dirigeants du PCF vont pouvoir prétendre qu'ils "pèsent" sur les décisions du gouvernement, qu'ils participent vraiment à leur élaboration, qu'ils tentent de les infléchir. Elisabeth Guigou parle maintenant de discuter de "l'extension de la démocratie sociale dans l'entreprise". Là encore cela sonne comme une mauvaise plaisanterie car quelle est cette "démocratie sociale" qui n'est autre que les pleins pouvoirs des patrons et des actionnaires ? Lorsque le gouvernement veut agir, il sait comment faire. Mais là justement il ne veut pas agir, il veut tout au plus bavarder.

On bavardera donc quinze jours de plus sur la "modernisation sociale", puis on repartira peut-être pour un nouveau cycle de bavardages autour de l'"extension de la démocratie sociale". Mais pendant ce temps les patrons continueront de mener leurs attaques, d'aller de plan de licenciements en plan de licenciements.

Cela suffit à Hue, sinon pour crier victoire, du moins pour prétendre qu'il a obligé Jospin à reculer. Mais ce n'est pas de ces faux-semblants qu'ont besoin aujourd'hui les travailleurs, ni tous ceux qui, parmi les militants et les électeurs du PCF eux-mêmes, voudraient agir réellement contre l'attitude scandaleuse du patronat. C'est d'une claire politique de lutte, d'un plan de mobilisation pour changer le rapport de forces, pour imposer au patronat les exigences vitales de la classe ouvrière aujourd'hui, dont l'interdiction immédiate des licenciements, sous peine de réquisition, dans les entreprises qui font des profits.

Cette politique-là ne se joue pas au gouvernement ni au Parlement, mais dans les entreprises et dans la rue. La direction du PCF choisit de continuer à l'ignorer. Mais il est à souhaiter que ses militants soient de plus en plus nombreux à s'en convaincre, notamment à travers des manifestations comme celle du 9 juin.

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