Gaz de schiste : les engagements écolos s’évaporent

11 Mai 2022

Malgré toutes ses promesses écologiques, Engie vient de signer en quelques semaines deux contrats lui permettant d’importer des millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) issu du gaz de schiste américain.

Ces deux contrats sont d’importance puisqu’ils garantissent à Engie de pouvoir importer chaque année et jusqu’en 2041 l’équivalent de 20 % de la consommation annuelle de la France. Pourtant, en 2020, les négociations sur l’un de ces contrats avaient été abandonnées sous la pression des associations écologiques, qui dénonçaient les impacts environnementaux. La guerre en Ukraine et les incertitudes sur l’approvisionnement en gaz russe auront rendu acceptable… ce qui ne l’est toujours pas.

Le GNL, que les trusts comme Engie ou Total s’évertuent à présenter comme une énergie propre, est en réalité une énergie fossile, comme le pétrole, dont l’extraction et la combustion contribuent largement au réchauffement climatique. Ainsi, selon des universitaires, le GNL aurait une empreinte carbone supérieure d’au moins 20 % à celle du charbon. Pire, le GNL en provenance des États-Unis sera du gaz de schiste. Pour l’extraire, il faut fracturer les roches qui le retiennent, en injectant un liquide à haute pression et contenant des produits chimiques. Ce procédé extrêmement polluant est interdit en France depuis 2011, mais il est aux États-Unis en plein développement, notamment depuis que les cours mondiaux des énergies fossiles sont repartis à la hausse.

Les conséquences écologiques sont des plus catastrophiques. L’extraction de gaz de schiste est responsable de la libération dans l’atmosphère de quantités importantes de méthane, un gaz à effet de serre au pouvoir de réchauffement bien plus puissant que le dioxyde de carbone. Certains ont calculé que les nouveaux gisements américains seraient responsables à eux seuls de 10 % du réchauffement en cours. Les sols souffrent également. Outre les risques sismiques considérablement accrus, les nappes phréatiques sont polluées, entraînant des risques sanitaires considérables.

Mais le profit passe avant tout. Au lieu de chercher à développer des alternatives, Engie assure ses profits et les dividendes de ses actionnaires en assurant ses approvisionnements en gaz pour des années. Mais il y a d’autres intérêts qui poussent l’État français, principal actionnaire d’Engie, dans ce sens. Ainsi des banques françaises comme la Société générale, Natixis, Crédit agricole ont investi dans la construction des infrastructures nécessaires à l’exploitation du gaz de schiste américain, les pipe-lines et les terminaux permettant de liquéfier le gaz et de le transporter sur les bateaux. C’est même la Société générale qui a été chargée de lever les 20 milliards de dollars nécessaires pour construire les infrastructures qui livreront le gaz du dernier contrat signé.

La guerre en Ukraine aura permis à Engie et autres Total de faire oublier leurs vagues engagements écologiques. Et tant pis pour la planète.

Serge BENHAM