Algérie-Maroc : une tension orchestrée de part et d’autre

01 Septembre 2021

Depuis le 24 août, l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc. Elle lui reproche le soutien apporté à Rachad, une organisation islamiste, et au Mouvement pour l’autonomie en Kabylie (MAK). Ces deux organisations, classées terroristes par l’Algérie, sont accusées d’être à l’origine des incendies ravageurs qui ont frappé le pays, ainsi que du lynchage d’un jeune.

La déclaration de l’ambassadeur du Maroc à l’ONU sur « le vaillant peuple kabyle [qui] mérite, plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination », a été le prétexte de la rupture. L’ambassadeur mettait en parallèle une prétendue revendication nationaliste kabyle et la question du Sahara occidental, sur laquelle les deux pays s’opposent depuis quarante-cinq ans.

En 1975, le Maroc annexa en partie cette ex-colonie espagnole sans consulter la population, qui exige toujours la tenue d’un référendum. Une guerre fut menée par le Maroc contre les indépendantistes du Front Polisario, soutenus militairement par l’Algérie. La question semblait en sommeil, jusqu’à ce que Donald Trump propose, en décembre 2020, de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, en échange de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël. Cet accord est venu bousculer l’équilibre régional et a ouvert un nouveau chapitre dans la rivalité qui oppose les deux plus grands pays du Maghreb.

Attisée par les manœuvres des puissances impérialistes, cette rivalité sert avant tout les bourgeoisies des deux pays. Quant aux deux peuples, algérien et marocain, ils se sont toujours considérés comme frères, partageant la même culture, la même langue. Longtemps colonisés et opprimés par la même puissance coloniale, ils ont mené de durs combats pour accéder à l’indépendance. Ils avaient les mêmes aspirations, une histoire commune, ils auraient dû avoir un avenir commun, mais ce ne fut pas le cas. La rivalité était inscrite dans les projets des dirigeants nationalistes, qui visaient chacun à la construction de leur propre État. Elle déboucha en 1963, peu de temps après l’indépendance de l’Algérie, sur la guerre des Sables, dont l’enjeu était le tracé des frontières qui séparaient les deux pays.

En Algérie cet été, alors que la population était confrontée à l’incurie de ses dirigeants face à la crise sanitaire et aux incendies, le pouvoir, se posant en victime d’un complot, s’est servi du problème de ses relations avec le Maroc pour tenter de faire oublier sa responsabilité dans le manque de moyens, de pompiers et d’hospitaliers.

Alors que les populations des deux pays subissent une crise sans précédent, un chômage de masse, une misère qui s’approfondit, la tension entretenue par leurs gouvernements permet de créer un sentiment d’unité nationale qui vise à détourner la colère et à étouffer la contestation.

En Algérie et au Maroc, il faut espérer que les travailleurs et les classes populaires des deux pays ne tombent pas dans le piège nationaliste tendu par des régimes qui ne sont jamais que des rouages de l’ordre impérialiste. Ce n’est qu’en s’armant des valeurs du mouvement ouvrier, de son internationalisme, qu’on pourra le renverser.

Leïla Wahda