Droit à l’avortement : l’hypocrisie du ministre

14 Octobre 2020

Le projet de loi allongeant la durée légale de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) de 12 à 14 semaines a été adopté jeudi 8 octobre par l’Assemblée nationale. Mais le gouvernement continue à chercher les moyens d’enterrer ce vote.

Le projet de loi met également fin à la clause de conscience spécifique à l’IVG qui permet à un médecin ou à une sage-femme de refuser de pratiquer cet acte. Il est aussi prévu d’autoriser les sages-femmes à pratiquer une IVG chirurgicale au bout de dix semaines. Jusqu’alors elles n’avaient le droit de pratiquer que des IVG médicamenteuses.

Ce texte vise donc à faciliter l’accès à l’avortement, alors que chaque année 3 000 à 5 000 femmes sont contraintes de se rendre à l’étranger parce qu’elles ont dépassé les délais légaux. Pour de nombreuses femmes, interrompre sa grossesse relève aujourd’hui du parcours du combattant, d’autant que de 2007 à 2017, 43 centres d’IVG ont fermé leurs portes. Les délais pour obtenir une IVG s’allongent en particulier dans les déserts médicaux.

Cette loi représente donc un progrès tout relatif car aux Pays-Bas ou au Royaume-Uni les dispositions légales sont bien moins limitatives. Mais loin d’appuyer ce projet, le gouvernement, en la personne du ministre de la Santé, a freiné des quatre fers, non sans faire preuve d’hypocrisie. Véran a saisi le Comité consultatif national d’éthique, (CCNE), « en raison des risques sanitaires potentiels pour la femme qui va avorter entre 12 et 14 semaines ».

Cette manœuvre dilatoire est destinée à repousser l’application de la nouvelle loi aux calendes grecques. En fait, le gouvernement est plus soucieux de l’opinion de la droite réactionnaire qui est vent debout contre un élargissement du droit à l’avortement. Sous couvert d’en appeler aux sages, il veut montrer à cette frange de l’opinion qu’il est prêt à passer au-dessus de sa majorité pour freiner ce projet. Et pour invalider le projet de loi, il compte bien sur le Sénat.

Aline URBAIN