Impôts : pour faire payer les riches, il faut les renverser

27 Mai 2020

Laurent Berger, la CGT, des économistes, La France Insoumise, le Parti socialiste et bien d’autres : de nombreuses voix se sont fait entendre ces dernières semaines pour demander une augmentation des impôts pour les riches en général, et le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) en particulier.

Mais l’ISF est en fait un trompe-l’œil. Créé en 1981, supprimé une première fois par Chirac en 1986, rétabli en 1989 et supprimé de nouveau par Macron en 2017, au travers de ses différentes formes, cet impôt n’a pourtant jamais rapporté beaucoup à l’État : 4,2 milliards d’euros en 2017. Il constituait avant tout un symbole adressé à l’électorat populaire par les gouvernements qui l’avaient institué, et, inversement, à l’électorat bourgeois et petit-bourgeois par les gouvernements qui l’ont supprimé. Mais jamais il n’a été un moyen de faire vraiment payer les riches, et il n’avait pas été créé pour cela. D’autant que, comme pour tous les impôts, les bourgeois avaient mille moyens d’y échapper : feue Liliane Bettancourt, longtemps première fortune française, ou Bernard Arnault, actuel tenant du titre, n’en ont jamais payé qu’une infime part.

Ce que rapportait l’ISF restait donc bien loin du tas d’or qui se mesure en centaines de milliards d’euros versés chaque année par l’État aux entreprises et à la bourgeoisie. Et si celui-ci vient ainsi au secours des capitalistes, il n’a aucunement l’intention de leur présenter la note par la suite. Il compte bien en revanche la faire payer au reste de la population.

Non seulement le rétablissement de l’ISF ne suffirait pas à faire payer les riches, mais le pouvoir pourrait en tirer argument pour faire accepter des sacrifices bien plus importants au monde du travail. C’est ainsi que le justifie par exemple Raymond Soubie, ex-conseiller social de Sarkozy : « Si des gens perdent leur emploi, si l’on demande des sacrifices à des salariés pour préserver le leur, il sera difficile de ne pas prendre des mesures de solidarité de ce type », a-t-il estimé récemment.

Pour le moment, le gouvernement trouve que même cet impôt dérisoire est de trop et a totalement écarté l’idée de son retour. Par contre, à la question « qui va payer ? » il a commencé à répondre en prolongeant jusqu’en 2033, au lieu de 2024, la CRDS, cet impôt de 0,5 % touchant presque tous les revenus, de toute la population.

Mais quand bien même il serait rétabli, en quoi l’ISF protégerait-il les travailleurs des attaques de la classe capitaliste ? Empêcherait-il Renault, par exemple, de fermer quatre usines et de supprimer des milliers d’emplois ? Pour maintenir leurs profits au travers de la crise, les capitalistes ferment des entreprises, licencient et imposent à ceux qui restent des pertes de salaire, des conditions dégradées et une exploitation renforcée. Le tout avec le soutien sonnant, trébuchant et législatif de l’État et du gouvernement. Loin de n’être qu’une répartition inéquitable des richesses, c’est une dictature imposée au monde du travail par les capitalistes. Elle leur est rendue possible non seulement parce qu’ils sont riches, mais avant tout parce qu’ils possèdent entreprises, banques et capitaux et que l’État, quel que soit le gouvernement, leur est entièrement dévoué.

Y mettre un terme ne relève donc pas de l’impôt, mais de la lutte consciente des travailleurs pour s’emparer du pouvoir, et mettre fin à un système qui provoque crises, chômage, guerres et dévastations.

Jacques Le Gall