Hôpital Robert-Debré : les jeudis de la colère

27 Mai 2020

À l’hôpital pédiatrique Robert Debré à Paris 19e, les « jeudis de la colère » regroupent de plus en plus de manifestants. Bien avant l’apparition du Covid-19, le mécontentement était bien réel. Il n’a fait qu’augmenter depuis.

Depuis des années la dégradation des conditions de travail est palpable. Par exemple, en pédiatrie générale, il y a quelques années, le ratio était passé de six à sept enfants par infirmière, hors épidémie hivernale. De plus, en raison de la pénurie globale des structures intervenant dans ce secteur, le nombre d’enfants hospitalisés avec des pathologies de plus en plus lourdes et nécessitant des soins continus n’a cessé d’augmenter. En revanche, le nombre de soignants, lui, n’a pas augmenté.

La dégradation touche aussi les horaires de travail. Un « tour de sécurité » associant le personnel en poste et la relève a été mis en place il y a quelques années, destiné à contrôler en fin de service la fonctionnalité des dispositifs de surveillance médicale, comme les scopes, les perfusions. Mais alors que le personnel fait déjà 12 heures d’affilée, cela a eu comme effet d’allonger la journée de travail d’une demi-heure, non rémunérée !

En mai 2019, un mouvement de grève avait démarré en pédiatrie générale, tous métiers confondus, alors que la contestation avait déjà gagné les services d’urgence à Debré comme dans le reste du pays. Les quelques concessions obtenues alors n’ont pas suffi à calmer le mécontentement qui couvait avant même l’apparition du Covid-19 et cela dans tous les services.

La pandémie n’a fait que révéler et aggraver une situation bien dégradée. Par exemple, avant elle, le personnel devait changer de masque chirurgical ou FFP2, en sortant d’une chambre de patient. Mais aujourd’hui, il faut le conserver car le nombre de masques est maintenant limité à quatre par jour ! Les surblouses jusque-là disponibles à volonté sont maintenant rationnées à deux par chambre et par 12 heures.

Pour le Premier mai, des militant syndicaux et du Collectif Inter Hôpitaux ont appelé à une manifestation devant l’hôpital, initiant ces « jeudis de la colère » qui ont regroupé chaque semaine de plus en plus de personnel. Le 21 mai, des dizaines de soignants de l’hôpital, ont été rejoints par des soignants d’autres hôpitaux et des centaines d’usagers venus en soutien.

« Blouses blanches, colère noire », « Des lits et du fric pour lhôpital public », « Hospitaliers, usagers, tous unis pour lhôpital public », les pancartes et banderoles dénonçaient la pénurie de moyens au son des casseroles. Les intervenants ont répondu au mépris de Macron, sous les acclamations : « Nous ne sommes pas des soldats, nous ne voulons ni médailles, ni défilé du 14 juillet. Nous voulons des postes, des lits, des augmentations de rémunération »

À l’issue de la manifestation, la police a choisi de faire passer dans une nasse des manifestants venus soutenir les soignants. Elle en a verbalisé 50 et en a interpellé trois. Mais une nouvelle « casserolade » était prévue pour le jeudi 28 mai.

Correspondant LO