Ehpad de Poissy : de meilleurs salaires, pas des médailles !

27 Mai 2020

Une vingtaine de salariés de l’Ehpad Korian de Poissy dans les Yvelines ont fait grève le matin du 25 mai dans le cadre de la journée nationale de protestation organisée dans le groupe. Ils ont improvisé un cortège jusqu’à l’hôpital et ont été applaudis aux fenêtres de la cité HLM de Beauregard.

À l’hôpital de Poissy aussi, des soignants se sont mis aux fenêtres et quelques-uns sont venus à leur rencontre. Les principales revendications sont 300 euros d’augmentation générale, une prime Korian de 1 000 euros et celle du gouvernement de 1 500 euros, l’embauche de personnel, du matériel... et du respect.

À Poissy, la crise a été terrible. Vingt-deux personnes âgées sont décédées en quelques semaines, dont dix officiellement du Covid, contre dix-sept pour toute l’année 2019. Et au moins quatorze agents ont été contaminés, selon des tests qui ont fini par être faits début mai.

Le personnel est épuisé. Il a dû se battre pour les masques, qui ne sont arrivés que fin mars, les gants, les surblouses... le mauvais remplacement des absents, alors qu’une crise pareille rend le travail plus long et plus difficile.

En fait, le personnel est en nombre insuffisant et les moyens manquent en permanence. L’Ehpad héberge un peu moins de 120 personnes, à partir de 3 000 euros par mois la chambre. Il emploie 75 salariés permanents, du personnel de cuisine à celui de bureau en passant par les soignants, et sans oublier un unique animateur social. C’est peu pour assurer le travail jour et nuit, sept jours sur sept. Il y a trois infirmières par équipe, trois ou quatre personnes selon les étages... Dans la pratique, beaucoup d’absences ne sont pas remplacées, ou pas à temps, et elles le sont par des vacataires extérieurs ou des intérimaires. Les mêmes reviennent souvent mais le lien avec les personnes âgées ne peut être aussi stable qu’avec du personnel permanent. Ce jeu malhonnête sur les remplacements est tel que l’établissement s’est retrouvé sans direction pendant deux semaines au début de l’épidémie, avant que Korian n’envoie quelqu’un pour assurer l’intérim.

Côté matériel, il n’y a qu’un pèse-personne sur fauteui l pour les quatre niveaux. Les chaises roulantes ne sont pas toujours en bon état et on manque de lève-malade a lorsqu’une des plaies du travail en Ehpad est le mal de dos et les tendinites lorsqu’on doit lever ou déplacer des personnes peu ou pas autonomes.

Et bien sûr les salaires sont bas. Les ASH sont au smic, et ne peuvent compter que sur les augmentations légales. Les aides-soignantes gagnent autour de 1 500 euros net. Si on ajoute à cela l’absence de perspectives personnelles, l’attitude méprisante de la direction générale, le ras-le-bol est complet. Pour le personnel qui s’est mis en grève le 25 mai, il faut que ça change très vite, et il ne va pas lâcher l’affaire.

Correspondant LO