Darmanin : tambouille populiste

27 Mai 2020

Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes publics, s’était jusque-là surtout signalé par la rapidité avec laquelle il changeait de mangeoire. Il a en effet soutenu successivement tous ceux qu’il croyait capables, à droite, de lui faire monter un échelon, jusqu’à être député et maire de Tourcoing.

Puis, sa dernière locomotive, Sarkozy, ayant déraillé à la primaire de la droite, Darmanin a accroché son wagon à Macron, avant l’élection. Il en a été payé d’un maroquin.

Voulant cultiver la fibre populaire et se prétendant triomphalement réélu à Tourcoing, avec certes 60 % des voix mais avec aussi 75 % d’abstention, Darmanin a présenté par voie de presse sa demande de montée en grade. Il a montré sa force en obtenant du gouvernement d’être à la fois ministre et maire, il a abondamment fait référence à de Gaulle, ressorti des oubliettes l’idée de participation chère au général et celle de la fracture sociale utilisée un temps par Chirac.

Il y aurait même, d’après Darmanin, un risque de retour de la lutte de classe. Et, maire de Tourcoing, il prétend connaître la question. Il y aurait en effet de quoi, cette ville du Nord a grandi de l’exploitation féroce des ouvriers du textile et a dépéri quand les patrons ont trouvé des utilisations plus rentables de leurs capitaux, laissant derrière eux friches industrielles et misère sociale. Mais ce n’est pas du tout de cela que parle Darmanin, pas plus que de Peugeot, Michelin, Mulliez, Arnault et des autres familles régnantes. Sa fibre populaire, ou plus exactement populiste, le pousse à voir l’opposition de classe entre la femme de ménage et le cadre qui télétravaille, entre le routier et l’intellectuel qui a accès à la culture.

Les Darmanin ont beau changer de chaudron, de sigle et de génération, ils ressortent toujours la même vieille soupe visant à diviser les classes populaires et à épargner la classe dominante.

Paul GALOIS