Pénurie de médicaments : le profit avant la santé

10 Juillet 2019

Un quart de la population, en France, a déjà été confronté à une pénurie de médicament, c’est-à-dire à l’incapacité des pharmacies à fournir en moins de trois jours un médicament dont le manque représente un danger pour le patient.

Face à l’aggravation de ce phénomène, le gouvernement a rendu publiques plusieurs propositions qui risquent bien d’être sans effet.

L’alerte sur de telles pénuries, rares il y a vingt ans, a été donnée en 2006 par les professionnels de santé. Mais leur nombre augmente d’année en année : 44 en 2008, 538 en 2017 et plus de 600 l’an dernier. Ces pénuries durent souvent des semaines, parfois des mois, et concernent presque toutes les catégories de médicaments : vaccins, antibiotiques, antidouleurs, traitement du cancer ou de maladies neurologiques...

Pour justifier cette situation qui s’installe, les porte-parole de l’industrie pharmaceutique pointent du doigt des difficultés techniques et le fait qu’une partie des médicaments sont produits en Asie. Mais le problème n’est ni technique ni géographique.

Il s’agit en partie des conséquences de la politique des trusts pharmaceutiques : à l’affût de tout moyen de soigner leurs bénéfices, ils limitent les stocks, qui représentent du capital immobilisé, et concentrent la production, parfois sur une seule usine tournant en permanence pour approvisionner le monde entier, si bien que le moindre imprévu peut avoir des conséquences dramatiques pour des millions de malades.

Disposant d’une situation de monopole sur un marché, ces grandes entreprises peuvent, en créant la pénurie, faire pression pour augmenter les prix. Il n’est pas rare qu’après une rupture de stock un médicament revienne à un prix bien plus élevé. Par exemple les 100 mg de Carmustine (traitement anticancéreux) sont passés de 34 euros en 2013, avant une pénurie, à… 1 500 euros maintenant.

Le gouvernement a formulé plusieurs propositions, dont la possibilité pour les pharmaciens de donner des médicaments autres que ceux prescrits, ce qui est une façon de s’adapter à la pénurie, et non de la combattre.

Il envisage d’inciter financièrement les sociétés pharmaceutiques à relocaliser leur production en Europe. Non seulement le gouvernement se refuse à exercer la moindre contrainte sur ces richissimes entreprises capitalistes, mais il va peut-être trouver un moyen supplémentaire de les subventionner.

Ludovic BAZIET