Iran : la population victime de l’embargo américain

24 Avril 2019

Lundi 22 avril, Trump annonçait la fin des exceptions à l’embargo américain sur le pétrole iranien, accordées à huit pays en novembre dernier. Aussitôt, le cours du pétrole s’envolait, portant le baril à 74 dollars.

Sous prétexte d’affaiblir le régime des mollahs, Trump asphyxie davantage la population iranienne et vise les concurrents européens et asiatiques des capitalistes américains. Depuis qu’il a dénoncé l’accord sur le nucléaire iranien en mai 2018, son administration a activé, en soufflant le chaud et le froid, une série de mesures d’embargo. Si le régime iranien, que Trump affirme vouloir faire chuter, est directement visé, les entreprises des autres puissances occidentales le sont aussi. Toutes celles qui font des affaires avec l’Iran et qui utilisent pour cela le dollar et le système bancaire américain s’exposent à de grosses amendes aux États-Unis. Ces menaces ont conduit de nombreuses firmes, dont Total, Air France ou British Airways, à suspendre tout échange commercial avec l’Iran.

Le 4 novembre, en activant une deuxième phase de sanctions, Trump avait accordé des dérogations à la Chine, l’Inde mais aussi à la Turquie et la Corée du Sud. Il s’agissait de ne pas fermer trop vite le robinet du pétrole iranien, passé de 3 millions de barils par jour au début 2018 à 1,5 million actuellement, pour ne pas provoquer une flambée des prix. En parallèle, il s’agissait de marchander des compensations commerciales avec ces pays. Trump montrait ainsi ses muscles non seulement aux mollahs iraniens mais à tous les dirigeants politiques de la planète.

Cette fois encore, outre la défense des intérêts des compagnies pétrolières américaines qui regorgent de pétrole et de gaz de schiste à exporter, Trump cherche sans doute à imposer un accord commercial désavantageux à la Chine ou à l’Inde contre le maintien de l’accès au pétrole iranien.

Comme toujours avec les embargos, c’est la population iranienne qui paie le prix fort. Elle subit déjà la dictature des mollahs, la corruption et les passe-droits permanents des dignitaires du régime. L’embargo a provoqué une inflation à 25 % et aggravé la pénurie des denrées alimentaires qui font l’objet de spéculation. À ces sacrifices, s’ajoutent depuis quelques semaines des pluies diluviennes et des inondations gigantesques qui ont ravagé 25 provinces sur les 31 du pays. Plus de 500 000 habitants ont dû être déplacés, 2 millions auraient besoin d’aide humanitaire. Mais l’embargo sur les transactions financières empêche l’arrivée de cette aide. Ainsi, un versement de la Croix Rouge à destination du Croissant Rouge iranien a été bloqué. Quant aux aides en nature, dépêchées par plusieurs pays, elles sont dérisoires par rapport aux besoins.

Si le régime des mollahs n’était pas si haï et affaibli, Trump pourrait lui donner un second souffle tant son embargo impose de sacrifices à la population iranienne.

Xavier LACHAU