Pollution : cargaisons dangereuses

20 Mars 2019

Le 12 mars, le Grande America, un navire roulier (équipé pour transporter des véhicules) et porte-conteneurs, a sombré au large de La Rochelle, après deux jours de dérive le long des côtes françaises.

Même s’il n’était pas un pétrolier et ne contenait donc « que » 2 200 tonnes de fioul de propulsion, celles-ci peuvent provoquer à elles seules une grave catastrophe. Le navire transportant de plus des centaines de véhicules contenant eux aussi du carburant, la pollution pourrait donc être plus importante.

Mais il est bien difficile de prévoir l’ensemble des conséquences qu’aura un tel naufrage, tant l’opacité est de mise dans le monde du transport maritime. Le navire lui-même est qualifié de « bateau presque poubelle » par l’association de défense de l’environnement Robin des bois, qui souligne qu’il avait été « repéré au Royaume-Uni en 2010 et depuis régulièrement pointé pour des déficiences, notamment dans le registre de la lutte contre les incendies ». Or, c’est justement un incendie qui est à l’origine du naufrage. Visiblement ces signalements n’ont pas empêché le Grande America de naviguer.

De plus, si l’on sait que 45 conteneurs, sur les 365 qu’il transportait, abritaient officiellement des matières dangereuses, dont de l’acide chlorhydrique et de l’acide sulfurique, qu’en est-il des autres ? La seule chose sûre est que tous reposent désormais par 4 500 mètres de fond.

Quant à leur contenu, même les autorités en sont réduites à des spéculations. Des contrôles sont bien prévus par les lois, mais ils sont extrêmement difficiles à mettre en œuvre. Un porte-conteneurs standard, cela représente plus de 16 000 unités. Il est évidemment impossible de les vérifier une à une. Comme le souligne un expert de l’agence de protection du littoral breton Vigipol dans la presse : « On ne sait jamais vraiment ce qu’il y a dans les conteneurs et la qualité du conditionnement des matières dangereuses. Si un registre existe à bord, il n’est souvent consulté que a posteriori et les contrôles ne concernent qu’une petite partie des marchandises. »

Aujourd’hui, 90 % du commerce mondial s’effectue par la voie maritime. Les mers du globe sont sillonnées en permanence par des milliers de bateaux transportant toutes sortes de marchandises. Le temps étant, pour les capitalistes, avant tout de l’argent, on peut imaginer la pression qu’ils exercent pour faire effectuer les trajets le plus vite possible, remplir au maximum les navires, les immobiliser au port le moins longtemps possible. Quitte à jouer avec la sécurité des bateaux et des équipages, et à risquer de polluer de manière catastrophique les mers et les côtes.

Jacques Le Gall