Violence : celle des casseurs et celle du capital

05 Décembre 2018

Après les manifestations du 1er décembre, les scènes d’émeutes ont tourné en boucle pendant plusieurs jours sur toutes les chaînes de télévision.

Monter en épingle les destructions de biens matériels, le pillage des magasins ou le lynchage de policiers, des actes perpétrés par une minorité de casseurs, à commencer par des militants d’extrême droite identifiés venus s’entraîner au centre de Paris, est une vieille technique pour discréditer ceux qui manifestent. Les indignés professionnels face à cette violence ne s’émeuvent pas de la violence des fins de mois difficiles, des missions d’intérim brutalement interrompues, des salaires ou des pensions si faibles qu’il faut choisir entre manger ou se chauffer. Ces ministres ou ces députés, pour qui saccager l’Arc de triomphe est un « sacrilège », n’étaient pas autant émus, il y a trois semaines, par la mort de huit locataires, des pauvres, écrasés par l’effondrement d’immeubles laissés en ruine par leurs propriétaires, parmi lesquels des notables marseillais.

La justice a su être rapide pour condamner à des mois de prison ferme les centaines de gilets jaunes arrêtés le 24 novembre puis le 1er décembre, souvent de simples manifestants entraînés dans les affrontements. Les juges et les procureurs sont infiniment plus cléments avec les policiers pris en flagrant délit de bavure, ou avec les patrons responsables d’accidents du travail mortels ou les dirigeants d’entreprise qui empoisonnent salariés et consommateurs.

Le mépris de classe de ceux qui dirigent l’appareil d’État, l’arrogance de Macron et ses ministres qui font donner la police et refusent de discuter, sont profondément ressentis par les gilets jaunes. « Les casseurs, c’est le gouvernement », ou encore « Macron dénonce la violence mais c’est lui qui l’amène en étant sourd et aveugle » , pouvait-on entendre sur les ronds-points occupés et sur les réseaux sociaux, au lendemain du 1er décembre. Si Macron croyait pouvoir démoraliser les gilets jaunes avec la répression et les diviser en utilisant les casseurs, il a raté son coup. Mardi 4 décembre, en annonçant son moratoire, le gouvernement a dû en prendre acte.

Xavier LACHAU