Nos lecteurs écrivent La conserve de foie gras, une vocation ?

05 Décembre 2018

Je travaille depuis la mi-octobre jusqu’à fin décembre dans une conserverie de foie gras. C’est un milieu aux conditions de travail très difficiles, et la considération envers ceux qui y triment n’est pas à la hauteur de ce qu’ils laissent de leur personne.

J’observe, j’écoute, je réfléchis... au bout de quelques jours, je n’avais qu’une envie, partir en courant (quelle sensation de liberté cette idée me procurait-elle !) et puis, je suis restée, parce que, comme tous, j’ai besoin d’argent pour vivre, parce qu’« il ne faut pas dire, “Fontaine, je ne boirai pas de ton eau” », et ne pas oublier que cela apporte quelque chose, des enseignements...

Ne pas oublier le bruit, l’odeur, les cadences, les gestes répétitifs et abrutissants, les horaires décalés et les journées qui font le tour du cadran (eh oui, il y a des accords de branche, des conventions collectives), les bonnes et les mauvaises relations au sein du personnel, certains qui tiennent un stylo ou collent des étiquettes se prennent parfois pour des petits chefs vis-à-vis de ceux qui manipulent la barbaque, le boss qui se fait filmer par les caméras de télévision dans différents ateliers de l’usine, la quantité de gens en arrêt de travail, les autres qui sont là, ceux qui boitent, ceux qui sont courbés, ceux qui ont les mains déformées et, je suis sûre, tous ceux qui ont la boule au ventre... Et je pense à un vers de Prévert, un truc comme ceci je crois : « L’ouvrier à la porte de l’usine… Dis donc camarade Soleil, tu ne trouves pas que c’est plutôt con de donner une journée pareille à un patron ? »... avec les heures d’embauche nocturnes, c’est aussi à la lune et au ciel étoilé à qui l’on pourrait s’adresser de la même manière.

Encore le boss : dans un reportage sur le besoin en saisonniers dans certains secteurs professionnels en cette fin d’année, il fait un appel aux candidats pour pourvoir des postes qui, je le cite « pourraient par ce biais-là susciter des vocations... » Vocation ! Croit-il vraiment à ce qu’il dit ?

Les écarts de salaires, de traitement, comment est-ce possible ?

Une lectrice des Landes