Redistribution : les fruits du progrès accaparés par le patronat

10 Octobre 2018

Interpellé par des retraités lors de son déplacement jeudi 4 octobre à Colombey-les-Deux-Églises, Macron a une fois de plus tenté de culpabiliser ses interlocuteurs.

À une femme faisant connaître le faible montant de sa retraite après avoir cotisé pendant toute une vie de travail, il a répondu : « Vous avez payé la retraite de ceux qui étaient avant vous et qui vivaient moins longtemps. […] Je me bats pour que votre petit-fils puisse avoir une retraite, mais il faut des gens pour produire avant de redistribuer. » Traduction : puisque l’on vit plus vieux (et tant mieux si les progrès de la médecine le permettent), ce serait donc, selon Macron, aux salariés de travailler plus longtemps et aux retraités de se serrer encore plus la ceinture, pour que leurs descendants puissent toucher quelque chose à leur retraite.

Mais pourquoi la redistribution dont parle Macron devrait-elle être le seul fait des travailleurs et épargner les industriels et les actionnaires, eux qui pourtant s’enrichissent en s’appropriant le produit du travail de leurs salariés ? Pourquoi ces possédants devraient-ils être les seuls bénéficiaires des formidables progrès techniques accomplis depuis un siècle, qui ont permis un accroissement tel de la productivité que l’on pourrait travailler moins ?

Au contraire, les gains de productivité consistent actuellement en une exploitation accrue des travailleurs, entre autres en accélérant les cadences et en réduisant les temps de pause, grâce à laquelle la bourgeoisie continue de s’enrichir. Elle s’approprie ce surprofit social pour son seul bénéfice en demandant toujours plus de sacrifices aux travailleurs alors que, s’il était redistribué équitablement, il pourrait garantir à chacun à la fois de partir plus tôt à la retraite et d’avoir de quoi la vivre décemment. Quelle que soit la façon dont on le présente, c’est cela qui est inacceptable.

Marianne LAMIRAL