Arles : la surexploitation des travailleurs en jugement

10 Octobre 2018

Jeudi 4 octobre, devant le conseil des prud’hommes d’Arles, une centaine de militants se sont rassemblés. Ils répondaient à l’appel, entre autres, des unions locales CGT d’Arles, Avignon, Tarascon et aussi de la fédération de la FNSEA. Ils soutenaient cinq travailleurs agricoles détachés, dépendants d’une société d’intérim espagnole, Laboral Terra, qui attaquaient cette société ainsi que les neuf entreprises pour lesquelles ils avaient travaillé.

Depuis des années, ces travailleurs, et bien d’autres qui n’ont pu se défendre, cueillent ou emballent des fruits et légumes durant 50 heures par semaine, parfois plus, pour des exploitations agricoles de Sénas, Rognonas, Garons ou Chateaurenard.

Payés 7 euros de l’heure, alors que le salaire minimum net est fixé à 8,45 euros, ils pouvaient travailler plus de 280 heures par mois, y compris le dimanche, bien au-delà de la durée mensuelle légale du travail de 151,67 heures. Les heures supplémentaires n’étaient pas majorées, les indemnités de précarité pas payées. L’un de ces travailleurs, dépendant, lui, d’une autre société d’intérim analogue, témoignait comment le chef avait refusé de fournir des masques à ceux qui travaillaient dans les serres, alors que des produits dangereux étaient appliqués par un tracteur juste à côté d’eux. En pleine chaleur, ils n’avaient pas d’eau à boire.

Il n’y avait ni repas ni logement assuré par l’employeur, comme l’avaient pourtant promis les agences : certains salariés dormaient dans des voitures, d’autres dans des taudis partagés à plusieurs. Enfin ils sont soumis à de multiples pressions, financières et aussi sexuelles vis-à-vis des femmes.

Les accidentés du travail, les blessés ou les malades sont licenciés, tout comme les femmes enceintes. Certains avaient dû verser 250 euros au chef d’équipe pour obtenir une nouvelle mission.

Ce procès en Prud’hommes est révélateur d’une exploitation à grande échelle, bien dissimulée et qui existe depuis longtemps. Ainsi en 2017, la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) a mis au jour « un système collectif et organisé de fraude au détachement, de travail dissimulé, de prêt illicite de main-d’œuvre et de marchandage ». Une quarantaine de ses agents avaient contrôlé douze exploitations agricoles dans quatre régions. Ils constataient, pour environ 200 salariés, « des durées de travail allant jusqu’à 260 heures mensuelles » sans repos hebdomadaires, « des salariés qui travaillent trente jours sur trente plusieurs mois consécutifs », payés en dessous du smic.

Seulement, ces pratiques constatées en 2017 n’ont pas été sanctionnées. Les dossiers semblent s’être engloutis dans les archives du parquet d’Avignon. Elles perdurent. Déjà, en 2016, une enquête avait été ouverte sur une entreprise d’intérim espagnole, Terra Fecundis, qui faisait travailler illégalement des milliers de Sud-Américains dans les champs. Actuellement, ils sont des milliers à travailler dans des conditions similaires.

Le jugement du procès actuel en Prud’hommes ne sera rendu qu’en février 2019. En attendant, ces pratiques perdurent et ces travailleurs venus du Maroc ou même d’Équateur ou d’Uruguay continuent à subir cette exploitation, qui bénéficie d’une impunité de fait. Il est urgent de retirer à ces exploiteurs leur pouvoir de nuisance.

Correspondant LO